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Newsmagazine : faut-il provoquer pour vendre ?

Cette semaine, L'Express traite les syndicats de "nuls" et Valeurs actuelles fait porter un voile à Marianne. Deux "Unes" bien différentes mais qui, chacune à sa manière, ont provoqué des réactions indignées. 

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La provocation est-elle devenue un argument de vente ? Christian
Delporte, historien de la presse, invité de La semaine des médias ,
pointe du doigt une "double crise" : "crise morale et crise de la presse" .

Trois syndicalistes de dos et un titre : "Pourquoi les syndicats sont nuls ". Après la publication de la Une de L'Express , la CFDT crie à l'insulte. Une statue de Marianne couverte d'un voile islamique avec cettre accroche : "Naturalisés : l'invasion qu'on cache ". Devant cette Une de Valeurs actuelles , l'Union des étudiants juifs de France porte plainte pour incitation à la haine raciale.

Bien sûr, ces deux Unes n'ont rien à voir l'une avec l'autre. Elles n'ont pas choqué pour les mêmes raisons, ni avec la même ampleur. Mais elles s'inscrivent toutes deux dans une même démarche : ne pas chercher la nuance, énoncer comme une évidence une opinion le moins tranchée, ne pas avoir peur de choquer - voire, peut-être, avoir envie de choquer. Depuis plusieurs mois, les hebdomadaires ont souvent fait ce choix, de "Roms : l'overdose " (Valeurs actuelles ) à "Femmes, l'arme du sexe " (L'Express ) en passant par "Cet islam sans gêne " (Le Point ).

"C'est moins pour vendre que pour asseoir leur notoriété"

Faut-il maintenant choquer pour vendre ? Christian Delporte, historien de la presse fait la différence entre un titre comme Valeurs actuelles , qui est vendu essentiellement en kiosque et doit donc "accrocher " le lecteur, et les autres newsmagazines. Pour eux, "c'est une manière d'asseoir sa notoriété, de faire la différence dans un contexte de concurrence et de crise de la presse. Quand quelqu'un porte plainte, le but est finalement atteint."

Reste que les titres incisifs ne font pas les meilleures ventes. Christian Delporte prend pour exemple* le "Hollande-bashing ". A la mode il y a six mois, les Unes critiquant le président n'ont pas eu d'impact fort sur les ventes et ont fini par s'interrompre. L'historien prend également pour exemple la destinée de Newsweek : le magazine s'était fait une spécialité des Unes chocs, comme "Muslin rage"* , en septembre 2012. Ce qui ne l'a pas empêché, trois mois plus tard, de quitter définitivement les kiosques.

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