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Ebola : la "frénésie médiatique" en question

Le mot revient en boucle dans les médias depuis plusieurs semaines : Ebola. La couverture médiatique de l'épidémie fait l'objet de nombreuses critiques.

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(La presse interroge un passager de retour de Conakry, le 18 octobre dernier, à l'aéroport Charles-de-Gaulle © REUTERS/Gonzalo Fuentes)

  C'est la dernière critique en date. Hier, dans un texte publié sur le blog de l'Unicef, un responsable de l'organisation humanitaire dénonce la "frénésie médiatique" qui entoure Ebola. Elle empêche, dit-il, les soignants de faire leur travail. C'est une critique parmi tant d'autres, qui ne vise pas l'ensemble des journalistes, mais qui dénonce la psychose ambiante.

Depuis plusieurs semaines, les médias du monde entier scrutent en effet à la loupe l'avancée de l'épidémie. En français, en anglais, en italien, en suédois, en arabe... le mot "Ebola" est le même, la peur est la même. La couverture médiatique oscille "entre panique et déséquilibre" écrit le quotidien Le Devoir au Canada. Et il y a quelques dérapages incontrôlés, comme cet article du Daily Mail en Grande-Bretagne qui affirmait il y a quelques jours que les djihadistes de l'Etat islamique prévoyaient de se faire contaminer pour répandre le virus dans les pays occidentaux. Un article partagé 10.000 fois via les réseaux sociaux.

Comment informer sans affoler ?

Face à ce sujet qui alimente les fantasmes et les rumeurs, certains médias tentent de calmer le jeu. Comment informer sans affoler ? De nombreuses rédactions cherchent la solution. C'est le cas notamment d'Associated Press, l'une des trois plus grandes agences de presse dans le monde, qui demande à ses journalistes la plus grande prudence : il faut éviter de parler des cas suspects, se limiter seulement aux cas avérés, pour ne pas alimenter la psychose.

Ebola plus inquiétant que les zones de guerre

Une psychose qui a d'ailleurs une conséquence inattendue : de nombreux journalistes eux-mêmes hésitent à aller dans les pays d'Afrique touchés par l'épidémie. "On trouve moins de volontaires pour aller au Libéria que pour aller en Irak" . nous explique un peu cynique un responsable de rédaction. Ebola fait peur car le virus est une menace différente. Sur les terrains de guerre, les reporters savent comment travailler, savent comment se mettre à l'abri. Avec Ebola, au contraire, la menace semble diffuse, invisible. Interviewer quelqu'un prend des allures de roulette russe.

Tout cela est exagéré, racontent les journalistes qui sont partis quand même au Libéria ou en Guinée et qui d'ailleurs vivent parfois très mal leur retour. Une reporter du Point par exemple raconte dans un article avoir fait l'objet de réactions très violentes de la part de son entourage après son retour de Monrovia.

Alors, ne pas y aller pour ne pas prendre de risque inutile ? Y aller quand même pour éviter que le fantasme prenne le pas sur l'information ? Difficile débat qui agite depuis plusieurs semaines les médias du monde entier.

(La presse interroge un passager de retour de Conakry, le 18 octobre dernier, à l'aéroport Charles-de-Gaulle © REUTERS/Gonzalo Fuentes)