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"Saint Laurent", la création dans l'autodestruction

Neuf mois après la sortie du film de Jalil Lespert, "Yves Saint Laurent", un deuxième portrait consacré au couturier sort ce mercredi en salle. Il s'agit cette fois du film de Bertrand Bonello, "Saint Laurent", qui offre un regard beaucoup plus personnel et stylisé sur le couturier.

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Alors que Jalil Lespert embrassait toute la vie d'Yves Saint Laurent, Bertrand Bonello choisit lui de se concentrer sur une dizaine d'années de la vie de l’artiste, une décade glorieuse et décadente, à la charnière des années 60 et 70.

 

Et là où Jalil Lespert restait à la surface de la légende avec un portrait de facture assez classique, Bertrand Bonello tente lui d'approcher les démons intimes du personnage. Il nous embarque avec  lui dans la nuit et la fête, l'alcool et les narcoleptiques. Il explore les failles et les fragilités d'un artiste en pleine gloire, qui rêvait en grand mais pensait n'exercer qu'un art mineur.

Un voyage somptueux

 

Bertrand Bonello nous offre  un voyage mental visuellement somptueux, stylisé à l'extrême,  qui du coup peut laisser à distance mais qui a le mérite d'offrir un point de vue singulier sur un homme submergé à la fois par les fulgurances de la création et les démons de l'autodestruction. Il est incarné à l'écran par Gaspard Ulliel.

 

Pour le réalisateur, les personnages réels qui, comme Yves Saint Laurent, inspirent tant les cinéastes en ce moment, laissent de vrais espaces de liberté : *"On a le filtre de la réalité qui nous permet de faire des choses plus grandes que nature. Si je voulais inventer Yves Saint Laurent, je ne le pourrais pas. Ou si je le faisais, on me dirait que je vais trop loin. Mais comme Yves Saint Laurent existe, on accepte, les failles, les dérives, l'affect, ces choses que je trouve touchantes et cinématographiques.

D'ailleurs, quand on écrivait avec Thomas Bidegain, le premier truc que l'on s'est dit, c'est qu'on ne voulait pas montrer comment Yves est devenu Yves, mais  ce qu'il en coûte à Yves d'être Yves. Et moi ça me permet de donner au film une ampleur que je n'aurais probablement pas pu donner si j'avais tout inventé."*

 

Preuve que les biographies ont la cote : après "Renoir"' l'an dernier, c'est le "Saint Laurent" de Bertrand Bonello que la France a décidé de proposer à l'Oscar du meilleur film étranger. Reste à savoir si l'Académie des Oscars le retiendra au mois de janvier dans sa toute dernière sélection.

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