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Kerry Hudson au nom des siens

C'est parti pour les prix littéraires, aujourd’hui, celui de l'Académie française, la semaine prochaine: tous les autres ou presque dont le Goncourt mardi et le Fémina le lendemain. En lice pour le Fémina étranger, Kerry Hudson, jeune écrivain écossaise, qui publie "La couleur de l'eau" chez Philippe Rey.

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(Kerry Hudson à Londres le 25 aout 2014 © Sipa press)

Un roman aussi cash que tendre, plein de surprises, sans le moindre cliché et qui fait un bien fou. Kerry Hudson est une écrivain de la classe ouvrière, dont elle vient, elle le clame haut et fort sans le moindre pathos. Et le plus bel hommage qu'elle rend ici à ses origines, c'est de bouger les lignes du romanesque. "La couleur de l'eau" c'est autant une magnifique histoire d'amour qu'un coup de gueule contre la misère et l'esclavage sexuel. Dave est un vigile aussi costaud que taiseux, il vient des bas-fonds de Londres et travaille en plein centre dans une boutique de luxe. Quand il voit Alena une bimbo russe voler, il la laisse faire, il est sous le charme, commence alors un roman qui va des cités anglaises où la reprise économique n'existe que dans les statistiques aux fins fonds de la Sibérie pouilleuse.

Kerry Hudson connait par cœur ces personnages et elle sait depuis toujours que le grand costaud peut avoir un cœur d'artichaut, qui adore et cajole sa mère mourante. Elle campe des personnages secondaires que Kenn Loach embaucherait sur le champ et sa poupée russe est fondante, traquée par un mac qu'on finit par trouver humain, elle fait douter le lecteur sur la sincérité de ses sentiments. Avec Kerry Hudson, les pauvres d'aujourd'hui, ce sous prolétariat méprisé par une partie de littérature retrouve toute sa dignité.

("La couleur de l'eau" de Kerry Hudson © Philippe Rey)

"la couleur de l'eau" de Kerry Hudson édité chez Philippe Rey

(Kerry Hudson à Londres le 25 aout 2014 © Sipa press)