Ils ont fait l'actu. Christian Clot, retour à la surface après 40 jours passés au fond d'une grotte

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Sébastien Baer revient sur les événements marquants de l'année. Et ce sont ceux qui les ont vécus qui les racontent. Christian Clot, l'explorateur qui a dirigé l'expédition "Deep time" dans une grotte en Ariège, retient la capacité des participants à coopérer dans des conditions extrêmes .

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Radio France
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Christian Clot, explorateur qui a participé à l'opération "Deeptime". (SEBASTIEN BAER / RADIO FRANCE)

24 avril 2021. Pendant 40 jours, ils seront restés volontairement confinés dans une grotte des Pyrénées, à 400 mètres de profondeur. Sept femmes, huit hommes âgés de 27 à 50 ans. Et ce 24 avril, tous retrouvent la lumière du jour aux côtés de Christian Clot, l'explorateur qui dirige l'expédition. "Au moment où on a appris qu'on avait passé quarante jours, dans notre tête à nous on était à une trentaine de jours." L'opération, baptisée "Deep time", visait à comprendre comment l'humain réagit en milieu hostile, quand il n'a plus de repères temporels. Équipés de capteurs, les volontaires ont donc passé 40 jours privés de montre, téléphone et lumière naturelle.

Sous terre, tout s'est bien passé. Mais le retour à la vie normale n'a pas été évident, raconte aujourd'hui Christian Clot, le responsable de l'expédition : "Là où on a une difficulté qui à mon avis va rester, c'est cette injection de tout ce qu'on nous demande : téléphone, mail, Facebook, Instagram... Toutes ces choses qui nous obligent un peu à suivre des rythmes. On a beaucoup de mal à s'y réadapter", explique Christian Clot.

En quarante jours, l'explorateur a réalisé qu'il s'agissait d'une "immense liberté de pouvoir décider quand nous faisons les choses, ce que cela veut dire de faire des choses et de ne pas avoir cette sorte d'obligation sociale d'être présent tout le temps, sur les réseaux et de se dire : là je peux faire un break, je vais prendre du recul." Christian Clot est en partie nostalgique de cette "liberté retrouvée". "Nos mondes vont très vite, c'est d'ailleurs pour cela qu'on fait toutes ces études sur l'adaptation, c'est-à-dire chercher à savoir comment on s'adapte à ce monde qui accélère en permanence. On a de plus en plus d'outils censés nous aider et ils nous demandent de plus en plus de temps. C'est un vrai paradoxe", affirme-t-il.

Apprendre à rencontrer des gens "pour de vrai"

Quarante jours en confinement volontaire, c'était trop presque trop court pour les sept femmes et huit hommes qui ont participé à l'expérience.

La preuve : quand on a annoncé la sortie, quasiment tout le monde voulait rester. On n'a pas compris que ce soit déjà terminé.

Christian Clot

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L'explorateur a observé que les participants avaient peut-être plus d'interactions sociales en vase clos que dans la vie normale : "On avait plus de temps pour se parler les uns les autres, pour discuter, pour échanger, pour aller en profondeur dans la discussion et pas dans cette sorte de discussion de surface qu'on a de plus en plus avec nos proches. Là, on a rencontré des gens dans le sens premier du terme." Dans le monde extérieur, "on peut très bien décider de passer plus de temps avec ses amis, sa famille, des gens qu'on rencontre", poursuit-il. "Mais souvent on gratte peu la surface du réel. On a aussi besoin d'avoir plus de politiquement correct, d'avoir une sorte de consensus permanent qu'on pourrait considérer comme 'mou'. Finalement, comment rencontre-t-on vraiment quelqu'un aujourd'hui, dans un contexte où on doit toujours un peu aller vite et se méfier de ce qu'on dit ?"

De cette expérience, Christian Clot retient la capacité des participants à coopérer dans des conditions extrêmes. "Je l'avais un peu anticipé mais pas à ce point-là, de voir à quel point un groupe de novices a été capable, parce qu'il a coopéré, de trouver des solutions. Finalement de se trouver bien dans un système qui quelque part est aberrant : sans aucun accès au temps, à 100% d'humidité et 10 degrés. Ce ne sont pas des conditions dans lesquelles on est habitués à vivre. Très rapidement, le groupe a réussi à trouver des systèmes fonctionnels pour vivre dans ces conditions. Cela m'a fasciné et me rassure beaucoup quelque part."

"Il y a eu des discussions, des moments où on n'était pas forcément d'accord mais là encore, très rapidement, ils se sont résolus par la discussion et une sorte d'acceptation assez simple. On avait tous compris qu'on était un peu dépendants les uns des autres, c'est-à-dire qu'on n'était que ces quinze personnes dans la grotte et que sans les autres, on ne pouvait pas faire grand-chose. Très rapidement, on comprenait que si on était en conflit perpétuel, ça ne marcherait pas", concède Christian Clot.

Nécessaire compréhension

Deeptime a nécessité 1,2 million d’euros de financement, un investissement qui en valait la peine selon l'explorateur: "On l'a vu avec le Covid-19 : on ne sait plus vraiment bien réagir aux événements inconnus, improbables et non prévus à l'avance. Je crois qu'aujourd'hui on est démunis parce qu'on manque de compréhension sur ce qu'est un groupe humain face à des situations nouvelles. Il faut aller comprendre ça."

"Plus j'explore le monde, moins la vie de tous les jours me parait fade", confie Christian Clot. "On doit être un explorateur tout le temps et partout. Il n'y a pas qu'ailleurs qu'il y a des choses extraordinaires. Notre voisin peut être extraordinaire si on prend le temps de l'écouter. C'est ça aussi l'exploration." Les premiers résultats scientifiques de l'expérience Deeptime de Christian Clot seront connus dans quelques semaines. L'explorateur, lui, prépare déjà sa prochaine mission pour étudier comment l'homme s'adapte à des climats très différents. L'expédition le mènera en Amazonie, dans le désert, en Patagonie et en Sibérie.

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