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Saint-Jean-de-Luz, histoire exemplaire de ces maternités qui ferment

"Le nombre de femmes qui vivent à plus de 45 min d’une maternité a doublé en 20 ans", voilà le constat fait pour le journal Le Monde par le géographe de la santé Emmanuel Vigneron, et pour raconter cette histoire, direction Saint-Jean-de-Luz dans le Pays Basque. 

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L\'entrée de la maternité de Nancy (Lorraine), le 19 décembre 2012. (Photo d\'illustration)
L'entrée de la maternité de Nancy (Lorraine), le 19 décembre 2012. (Photo d'illustration) (ALEXANDRE MARCHI / MAXPPP)

Rien de tel qu’un exemple pour comprendre ce qui se joue autour des maternités depuis plusieurs décennies. Direction Saint-Jean-de-Luz, en 1969 : "L'hôpital de Saint-Jean-de-Luz s'est donné une maternité. Les premiers occupants du lieu se sont déclarés enchantés du service."

Une maternité à Saint-Jean-de-Luz 

Cette ouverture de la maternité basque en 1969 illustre une époque où l’heure est aux inaugurations plus qu’aux fermetures. Il faut bien faire naître tous ces bébés du Baby boom. A la fin des années 1960, la France compte alors environ 1500 maternités. Un plus haut historique qui ne risque pas d’être battu.

Mais dès le tout début des années 1970, on a un premier mouvement de fermeture de maternités. En cause, l’application du décret Dienesch, en 1972, imposant des normes de sécurité très strictes aux cliniques privées. Le nombre de maternités fond, et essentiellement des maternités privées qui ferment. Il n’y a plus que 814 maternités au total en 1996.

La fermeture de la maternité de Saint-Jean-de-Luz (2000)

A la fin de cette décennie, c’est au tour des petites maternités publiques d’être menacées. En octobre 1998, de nouveaux décrets fixent à 300 accouchements par an le seuil minimal d’activité pour les maternités. Presque immédiatement la maternité de Saint-Jean-de-Luz est menacée. Et en septembre 2000, la décision tombe :

"La majorité des représentants du Conseil d'administration de l'hôpital de Bayonne s'est prononcée en faveur du regroupement de la maternité de Saint-Jean-de-Luz sur Bayonne."

Médecins, responsables et élus bayonnais souhaitent aller vite pour tout regrouper sur Bayonne au nom de la sécurité

Sécurité ou insécurité? 

"Au nom de la sécurité", mais ce que répondent ceux qui critiquent ces fermetures, qu’ils attribuent en fait à des raisons économiques, c’est que c’est l’absence de maternités de proximité qui met en danger la sécurité des femmes sur le point d’accoucher. 

Illustration, toujours dans le Pays Basque, en octobre 2009, un témoignage recueilli par France Info :

"Elle a perdu les eaux dans la voiture. C'était trop tard. Le bébé est né dans la rue. Le problème c'est qu'on a la maternité à Bayonne. Il faudrait quelque chose de plus près. Saint-Jean-de-Luz, il y avait une très bonne maternité là-bas..."

On est là au cœur d’un débat très profond, qui oppose la sécurité des petites maternités et la sécurité des déplacements longs en voiture pour aller accoucher. Un débat dans lequel s’est invité l’enjeu économique.

Depuis une vingtaine d’années, l’Etat a arbitré en faveur de la fermeture des petites maternités. Une recommandation formulée à nouveau par la Cour des Comptes en 2015. Un choix de plus en plus critiqué par les usagers qui s’inquiètent plus largement de l’abandon de leurs territoires par les pouvoirs publics.

L\'entrée de la maternité de Nancy (Lorraine), le 19 décembre 2012. (Photo d\'illustration)
L'entrée de la maternité de Nancy (Lorraine), le 19 décembre 2012. (Photo d'illustration) (ALEXANDRE MARCHI / MAXPPP)