Histoires d'info, France info

Histoires d'info. Suppressions de supérettes : avant les ex-Dia de Carrefour, il y a eu Félix Potin

Plus de 200 supérettes Carrefour n'ont toujours pas trouvé de repreneurs. Elles emploient 2 100 salariés qui sont dans le flou le plus complet quant à leur avenir. en 1996, un autre distributeur avait dû mettre la clef sous la porte : Félix Potin.

--'--
--'--
Copié dans le presse-papier !
Magasin Félix Potin, à Paris, en 1995.
Magasin Félix Potin, à Paris, en 1995. (PITCHAL FREDERIC / SYGMA)

Des centaines de supérettes de proximité Carrefour pourraient disparaître faute de repreneurs. Déjà au milieu des années 90 une autre enseigne avait subi le même sort. Le 1er janvier 1996 plus précisément, une page de l’histoire de la distribution française se tourne, une page même de l’histoire de France tout court, tant l’entreprise qui disparaît ce jour-là faisait partie de notre patrimoine national, comme en témoigne ce journal de France Inter à l'époque :

La présentatrice du journal de 8h de France Inter : "Vie et mort d'un petit commerce. Félix Potin n'existe plus. La dernière porte du dernier magasin de la chaîne de magasins parisiens s'est fermée hier soir. Trop rude la concurrence des supermarchés.

La reporter Céline Pigalle : "Félix Potin, c'est fini. Après un siècle et demi de bons et loyaux services, les 407 magasins du groupe ont hier fermé leurs portes définitivement. Depuis 1844, cette enseigne était devenue un symbole du commerce, comme l'explique Pierre Bondelé, responsable d'un magasin Félix Potin dans le 17e arrondissement : 'La différence de Félix Potin, c'était énormément de magasins. Un prix souvent très cher mais enfin un bon service.'"

Félix Potin révolutionne le monde de l'épicerie...

La concurrence des supermarchés, et des prix chers, condamnent Félix Potin. Soit exactement l’inverse de ce qui avait fait le succès de l’épicerie lancée à un moment où les supermarchés n’existaient pas et en proposant des prix justes à une époque, dans la deuxième partie du XIXe siècle, où les petits commerces n’hésitaient pas à vendre des produits frauduleux et très chers, quitte à s’arranger avec les domestiques qui faisaient les courses de leurs maîtres.

Félix Potin révolutionne le secteur en affichant les prix et inverse le principe de l’époque dans le monde de l’épicerie. Au principe "faire peu et gagner beaucoup d'argent" qui guide le monde de l'épicerie depuis des lustres, Félix Potin en substitue un autre : "faire beaucoup et gagner peu." On va chez Félix Potin jusque dans les années 1950 parce que ce n’est pas loin, parce qu’on y tisse des liens personnels avec les commerçants, parce que ce n'est pas cher, notamment parce qu’on y trouve des produits Félix Potin. L’épicier crée en effet sous le Second Empire la première marque distributeur grâce à son usine à la Villette à Paris et même à des terres agricoles dans le Lot-et-Garonne et des vignes en Tunisie. Plus d’un million de bouteilles de vin Félix Potin sont ainsi vendues dans les années 1920. Ce n’était pas un très bon vin.

C’est revanche un très bon vin que Félix Potin rachète en 1977. Patrick Poivre d’Arvor manifestement très soulagé, sur Antenne 2 : "Le Château Margaux restera tricolore. Plus question de la vendre aux américains. Si vous êtes un peu chauvins et un peu gourmets, vous devez respirer. Dans le bordelais on dit que devant un Château Margaux on doit se mettre à genoux. Alors se mettre à genoux devant les Américains, quelle humiliation. Un acheteur français vient de s'engager à débourser 75 millions de francs pour sauver le cru. C'est un nom qui vous dira quelque chose : Félix Potin, grand nom de la distribution alimentaire mais qui n'a pas pour habitude dans ses rayons d'avoir des bouteilles à 500 francs."

... Mais ne survit pas à l'arrivée des hypermarchés

À cette époque, Félix Potin n’appartient plus à la famille Potin. Une vingtaine d’années plus tôt, en 1958, le groupe a été cédé à un homme d’affaires, André Mentzelopoulos, qui ne parvient pas à faire face à la montée en puissance des super puis des hypermarchés. Au début des années 1980, on compte 1 300 Felix Potin, mais leur rentabilité s’effrite. La marque passera ensuite de mains en mains avant de disparaître en 1995.

Magasin Félix Potin, à Paris, en 1995.
Magasin Félix Potin, à Paris, en 1995. (PITCHAL FREDERIC / SYGMA)