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Histoires d'info. Il y a 70 ans, la joueuse afro-américaine Althea Gibson ouvrait la voie à Serena Williams

Rien ne prédisposait Althea Gibson à s'imposer sur les courts de tennis, dans l'Amérique ségrégationniste de la fin des années 40.

Althea Gibson, dans les années 1950.
Althea Gibson, dans les années 1950. (AFP)

Le tennis est un sport feutré et largement dépolitisé. L’affaire Serena Williams, qui avait commencé avec l’interdiction de ses tenues lors du prochain Roland Garros, a cependant donné l’occasion de nous raconter l’histoire d’une joueuse du passé, largement oubliée. Et, surtout, particulièrement injustement oubliée. Son nom est Althea Gibson, et elle a ouvert la voie à Serena Williams. Non pas pour ses tenues ou ses emportements, mais par le simple fait d’avoir joué au tennis et d’avoir gagné.

Le combat qu’elle a dû mener est tout de même d’un autre niveau que celui qu’engage en ce moment Serena, aussi légitime soit-il. Comme Serena Williams, Althea Gibson est une joueuse africaine-américaine. Son parcours nous plonge dans l’histoire des Etats-Unis : née dans le Sud raciste et ségrégationniste des Etats-Unis, Althea grandit à Harlem, sa famille, comme beaucoup de familles africaines américaines ayant choisi de quitter le Sud. C’est là qu’Althea découvre le tennis. On est loin de la championne programmée par son père comme le furent les sœurs Williams. C’est dans la rue que la jeune fille, pauvre, commence le tennis à 13 ans auprès d’un formateur de quartier. Son talent saute immédiatement aux yeux.

Disputer les mêmes tournois que les Blancs

Mais dans l’Amérique de la fin des années 1940, son combat n’est pas que tennistique : ce sport, très bourgeois, est encore ségrégé, ce qui veut dire qu’il y a des tournois pour les Noirs et les tournois pour les Blancs. En 1947, c’est le championnat national des Noires qu’elle remporte pour la première fois, la première de ses dix victoires de suite. Elle va alors mener un combat pour avoir le droit de participer aux tournois organisés par l’American Tennis Association, réservés aux Blancs. Des tournois bien plus prestigieux et d’un meilleur niveau.

Son combat est gagné quand, en 1950, elle obtient enfin le droit de s’aligner à l’US Open, devenant le premier joueur de tennis noir, homme ou femme, à le jouer. Elle ne cessera plus alors de participer à ces tournois de Blancs, essuyant les insultes des spectateurs et même de certaines joueuses refusant de lui serrer la main à l’issue des rencontres.

Cinq titres du Grand Chelem en deux ans

Le triomphe survient à partir de 1956 : cette année-là, Althea Gibson remporte Roland Garros en simple. Aucun joueur noir n’avait remporté le tournoi avant elle. Elle s'impose même en double, avec Angela Buxton, une joueuse américaine et juive, qui comme sa partenaire avait dû combattre le racisme et les discriminations de la Fédération américaine de tennis. Mais son plus grand succès survient l’année suivante, dans le plus grand tournoi du monde, Wimbledon.

Althea Gibson mettra un terme à sa carrière en 1958, après avoir gagné un Roland Garros, deux US Open et deux Wimbledon, mais son combat n’était pas terminé. Excellente joueuse de golf, elle deviendra en 1964, la première joueuse noire à participer à un tournoi organisé par la LPGA. Une pionnière qui nous rappelle à quel point, aux côtés des militants politiques, les sportifs et les sportives ont contribué à effacer cette fameuse "color line", la "ligne de couleur" discriminatoire.

Althea Gibson, dans les années 1950.
Althea Gibson, dans les années 1950. (AFP)