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Histoires d'info. Poison et espions : les leçons du parapluie bulgare

Eliminer un adversaire politique en lui administrant un poison, un technique discrète, efficace et ancienne. Petit retour en arrière avec Thomas Snégaroff.

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Un \"parapluie bulgare\" au musée international de l\'espionnage de Washnignton (Etats-Unis).
Un "parapluie bulgare" au musée international de l'espionnage de Washnignton (Etats-Unis). (GETTY IMAGES)

L'empoisonnement d'un ancien espion russe au Royaume-Uni, Sergeï Skripal, le 4 mars 2018, pourrait nous plonger dans l’Antiquité. Les empoisonnements y étaient fréquents que ce soit dans les mondes grec, égyptien, indien ou romain. L’un des exemples les plus fameux est sans doute celui d’Agrippine, la quatrième épouse de l’empereur Claude, qui emploie une empoisonneuse, Locuste, afin d’installer son fils, Néron sur le trône. Locuste tue Claude avec une délicieuse assiette de bolets et d’arsenic, puis en 55, Britannicus, le demi-frère de Néron, avec une décoction de laurier-rose.

En 1978, Markov, Kostov et le "parapluie bulgare"

Mais le mystérieux empoisonnement de Sergeï Skripal, agent double russe installé au Royaume-Uni depuis 2010, nous renvoie davantage à une autre histoire, elle aussi un temps mystérieuse. Il s'agit de l’empoisonnement d’un dissident bulgare au cœur de Londres, en 1978. Ce dissident, Georgi Markov, est l’un des plus grands écrivains bulgares, parti à l’Ouest et devenu journaliste à la BBC. Il "attendait l'autobus pour se rendre à son travail, décrit un présentateur, lorsque soudain, il était heurté par un homme, avec la pointe de son parapluie. Cinq heures plus tard, Markov se tord de douleur. Le lendemain, il était hospitalisé, et trois jours après, il mourait".

Si l’on sait ce qui est arrivé à Markov, c’est parce que le fameux parapluie bulgare avait déjà été utilisé quelques semaines plus tôt, en plein Paris. Le 26 août 1978, Vladimir Kostov sort du métro Champs-Elysées. Alors qu’il est tranquillement installé sur l’escalator, il sent dans le dos comme une piqûre. Kostov vit alors à Paris depuis plusieurs années et, sous couverture, il est officiellement correspondant pour la presse bulgare, mais il agit aussi comme agent de renseignement pour la Bulgarie.

En 1977, à la surprise générale, il fait défection et demande l’asile à Paris. Cette trahison est inacceptable pour Moscou et Sofia. Il faut faire un exemple. Quand, à l’hôpital, Kostov apprend que Markov souffre d’un mal comparable et qu’il a évoqué une piqûre et un parapluie avant de sombrer dans le coma, Kostov contacte Scotland Yard. On extrait alors de son dos une petite bille perforée de microscopiques canaux et des traces de ricine. Le corps sans vie de Markov est alors exhumé et on extrait de sa jambe le même type de bille. 

Un coupable difficile à identifier

Même si le crime est signé, il est difficile de trouver le coupable. On risque de s’en rendre compte également dans le cas de Skripal, aujourd’hui, ou dans celui d’Alexandre Litvinenko, lui aussi empoisonné à Londres en 2006.

En 1979, un an après le crime, l’enquête progresse sur fond de crise géopolitique, entre Londres d’un côté, et Moscou et Sofia de l’autre. FR3 diffuse un reportage de la BBC. "L'enquête policière officielle n'a pas encore abouti. Mais nous aussi, nous avons fouillé les rouages les plus secrets de cette affaire et nous avons trouvé des indices, des éléments de réponses à la question : 'Qui a tué Georgi Markov ?' Cette affaire pourrait compromettre la détente entre l'Est et l'Ouest".

Scotland Yard n’a jamais pu prouver la responsabilité de la Bulgarie. Quant à la justice bulgare, elle a classé l’affaire en 2013, 35 ans après les faits. Le poison était décidément très puissant et très discret.

Un \"parapluie bulgare\" au musée international de l\'espionnage de Washnignton (Etats-Unis).
Un "parapluie bulgare" au musée international de l'espionnage de Washnignton (Etats-Unis). (GETTY IMAGES)