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Histoires d'info. L'ONU devait "éviter à l'humanité de vivre l'enfer"

La catastrophe humanitaire d'Alep est aussi une catastrophe politique. Elle met en lumière l'incapacité de l'ONU à agir.

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la situation à Alep illustre la difficulté de l\'ONU à agir face aux intérêts de certaines grandes nations
la situation à Alep illustre la difficulté de l'ONU à agir face aux intérêts de certaines grandes nations (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)

La catastrophe humanitaire d'Alep est aussi une catastrophe politique. Elle met en lumière l'incapacité de l'ONU à agir.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, au cours de laquelle entre 50 et 80 millions d’êtres humains ont perdu la vie, les nations sont bien décidées à en finir avec les guerres. Elles se réunissent alors à San Francisco pour parachever un travail diplomatique entamé pendant la guerre elle-même.

Les membres de cette conférence sont appelés à être les architectes d'un monde meilleur. Si nous ne voulons pas mourir ensemble par la guerre, nous devons apprendre à vivre ensemble dans la paix

Harry Truman

à franceinfo

On est ici en plein idéal kantien de la paix perpétuelle, d’autant plus que pour le philosophe allemand du XVIIIème siècle, l’une des conditions à l’établissement d’une paix perpétuelle était l’absence d’immixtion dans les affaires intérieures des autres Etats. C’est le principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes qu’on comprend aisément au lendemain de la Seconde Guerre mondiale durant laquelle les grands vaincus japonais et allemands avaient conquis d’importants territoires. En revanche, français et britanniques ne considéraient pas forcément que ce principe s’appliquait à leurs empires coloniaux.

A la fin des années 60, la guerre du Biafra au Nigéria fait bouger les mentalités. Les images des enfants victimes de la famine, les petits Biafrais, poussent certains humanitaires à exiger un droit d’ingérence humanitaire.

Mais il faudra attendre la fin des années 1980 pour que ce droit soit conceptualisé par un professeur de droit, Mario Bettati. "L'idée essentielle est que l'urgence commande le libre accès aux victimes. C'est un progrès considérable dans les concepts du droit international" explique Mario Bettati. Et il ajoute : "Le deuxième élément concerne la manière dont sera conduite l'action humanitaire. Elle doit être conduite de façon impartiale et neutre essentiellement par des organisations internationales, intergouvernementales et non gouvernementales."

Un droit d'ingérence qui se heurte parfois au veto des grandes puissances

Ce droit que certains aimeraient voir devenir un devoir contredit la non-ingérence de l’ONU dans les affaires intérieures des Etats. L’ONU a cependant pu l’appliquer ou essayer de le faire depuis les années 1990 en Yougoslavie ou dans l’Afrique des Grands Lacs.

Reste que cette ingérence reste lettre morte lorsqu’elle se heurte aux enjeux des grandes puissances, notamment celles qui disposent en outre d’un droit de veto, le grand facteur d’impuissance onusien, on le voit dramatiquement à Alep.


A la fin des années 1940, l’ambassadeur américain à l’ONU, Henry Cabot-Lodge avait déclaré : "L'ONU n'a pas été inventée pour promettre au monde le paradis, mais pour éviter à l'humanité de vivre en enfer". On mesure à quel point l’ONU a échoué.

la situation à Alep illustre la difficulté de l\'ONU à agir face aux intérêts de certaines grandes nations
la situation à Alep illustre la difficulté de l'ONU à agir face aux intérêts de certaines grandes nations (STEPHANE DE SAKUTIN / AFP)