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Histoires d'info. L'armée redevient une priorité dans le budget de la France

La loi de programmation militaire a été présentée, jeudi en Conseil des ministres, pour la période 2019-2025, et prévoit un effort budgétaire équivalent à 2% du PIB à cette échéance. Mais cela n'a pas toujours été le cas.

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Thomas SnégarofffranceinfoRadio France

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Des militaires de l\'opération Sentinelle, à Paris, en juillet 2016.
Des militaires de l'opération Sentinelle, à Paris, en juillet 2016. (IAN LANGSDON / POOL)

La loi de programmation militaire a été présentée, jeudi 8 février en Conseil des ministres, pour la période 2019-2025. Elle prévoit des dépenses de 295 milliards d'euros jusqu'en 2025, avec l'objectif d'un effort budgétaire équivalent à 2% du PIB à cette échéance.

L’armée redevient une priorité aujourd’hui dans le budget de la France, car cela n'a pas toujours été le cas. En juillet 1990, Gérard Courchelle annonçait dans son journal de 8 heures sur France Inter : "Le premier ministre Pierre Beregovoy serait d’accord pour freiner les dépenses militaires dans le budget 1991. Michel Rocard et son ministre de l’Économie essaient ainsi de dégager des crédits supplémentaires pour les grandes priorités du gouvernement : la recherche, le logement, la justice et surtout l’éducation nationale. Lionel Jospin demande par exemple la création de 15 000 postes dans l’enseignement."

Une information rapide, mais qui fait suite à un très long et très intense débat, qui opposait d'un côté, le ministre de la Défense, Jean-Pierre Chevènement, très hostile à toute baisse de son budget et de l'autre, le Premier ministre Michel Rocard et son ministre de l’Economie et des Finances, Pierre Beregovoy.

Le contexte ne justifie pas autant de dépenses

Selon ces derniers, le contexte ne justifiait plus de telles dépenses militaires. Le mur de Berlin était tombé le 9 novembre 1989, et avec lui, l’ensemble des démocraties populaires d’Europe de l’Est. Dans ses décombres, le Pacte de Varsovie, cette alliance militaire de ces pays de l’Est avec l’URSS vit ses dernières heures. L’essentiel des dangers qui pesaient sur la France disparaissant, les dépenses militaires pouvaient diminuer et se reporter sur d’autres postes budgétaires, dont l’école.

La baisse va se poursuivre pendant toute la décennie 1990. C’est l’entrée dans un nouvel ordre mondial dans lequel la stabilité et la paix sont garantis par les institutions internationales, l’ONU et l’OTAN. Une parenthèse sous forme d’illusions, l’illusion de la "fin de l’histoire", théorisée par Francis Fukuyama en 1992, parce que c’est la fin des conflits qui sont le moteur de l’Histoire, et le triomphe de la démocratie libérale.

Puis les choses s'inversent, lentement

Dans ces conditions, il n’est plus nécessaire d’augmenter les dépenses militaires. Les "réalistes", ceux qui n’accordent aucune confiance aux autres puissances et qui s’inquiètent de la baisse des dépenses militaires, semblent avoir perdu la bataille idéologique contre les "libéraux" qui croient à un monde régi par le dialogue.

D’abord, dans les années 2000, les choses s’inversent lentement. La menace terroriste et la déstabilisation de pays aux portes de l’Europe justifie au moins un maintien des dépenses militaires jusqu’aux annonces de ce jeudi 8 février. La hausse très nette annoncée n’est pas propre à la France. Tous les grands pays connaissent un tel regain des dépenses militaires, attestant sans doute possible la fin de la parenthèse libérale née de la chute du communisme.

Des militaires de l\'opération Sentinelle, à Paris, en juillet 2016.
Des militaires de l'opération Sentinelle, à Paris, en juillet 2016. (IAN LANGSDON / POOL)