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Histoires d'info. Facebook, Twitter... Les Européens se sont toujours méfiés des nouvelles technologies

Mark Zuckerberg s'est expliqué, mardi, devant le Parlement européen. La méfiance de l'Europe envers les nouvelles technologies remonte au début des années 80.

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Les logos de Facebook et de Twitter sur un écran de smartphone.
Les logos de Facebook et de Twitter sur un écran de smartphone. (MAXPPP)

Mark Zuckerberg ne sera pas en terrain conquis devant le Parlement européen mardi 22 mai à Bruxelles. Le patron de Facebook doit s'expliquer sur les lacunes du réseau social dans la protection des données de ses utilisateurs, illustrées par le scandale Cambridge Analytica. L’Europe est le continent qui impose les règles de confidentialité les plus strictes à Facebook. Pour comprendre l'inquiétude du Vieux continent, il faut se plonger dans le traumatisme des totalitarismes du XXe siècle, des vies... privées de vie privée, des corps appartenant au corps politique plus qu’à eux-mêmes.

Au début des années 1980, les nouvelles technologies de l’information et de la communication se développent très vite. En 1984, alors que le livre de George Orwell, 1984 (paru en 1948), fait la Une, le Conseil de l’Europe organise un grand colloque à Strasbourg sur "Big Brother", traduisant vraiment cette défiance envers les nouvelles technologies. 

Dans les années 90, le duo franco-allemand défend les nouvelles technologies

À l'inverse, au même moment, plusieurs dirigeants européens s’inquiètent des inquiétudes européennes relatives à ces technologies. François Mitterrand lance l’idée du projet Eureka, qui doit mettre l’Europe sur les bons rails. Il est soutenu par l’Allemagne de l’Ouest et son ministre des Affaires étrangères d’Allemagne, Hans-Dietrich Genscher. "Nous ne pourrons entrer dans la course à la technologie avec les États-Unis et avec les Japonais, que si nous parvenons à surmonter notre méfiance vis-à-vis de la technologie, méfiance qui est liée à notre culture et que nous observons sous des formes différentes, dans tous les États européens, déclare Hans-Dietrich Genscher en 1985. Si nous jetons l’anathème sur les développements technologiques, notre potentiel ne peut qu’en pâtir.

Les développements technologiques ne sont en eux-mêmes ni bons ni mauvais. C’est l’usage qu’en font les hommes qui détermine la qualité bonne ou mauvaise des résultats.

Hans-Dietrich Genscher, ministre des Affaires étrangères de l'Allemagne de l'Ouest (1985)

Très tôt, les Européens se sont inquiétés des usages de Facebook, notamment la France où le réseau social fait son apparition en 2007. Presque immédiatement, "le côté obscur" du réseau social côtoie les retrouvailles entre les amis d’enfances. On le voit dans les reportages de l'époque. Et, finalement, l’affaire Cambridge Analytica valide les vieilles inquiétudes européennes.

Six ans pour faire appliquer un règlement européen

C'est la raison pour laquelle Facebook doit particulièrement rassurer les Européens. D'ailleurs, le nouveau règlement général sur la protection des données, qui entre en application vendredi 25 mai, ne concernera que les utilisateurs européens du réseau social. Ce règlement a commencé à être discuté à Bruxelles dès 2012. Le texte n'a été voté qu'en avril 2016 par le Parlement européen. Il a encore fallu attendre encore deux ans pour qu’il soit appliqué. Au total, ce sont dix années d’atermoiements. C'est long pour un sujet aussi sensible. 

Les logos de Facebook et de Twitter sur un écran de smartphone.
Les logos de Facebook et de Twitter sur un écran de smartphone. (MAXPPP)