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Histoires d'info. 40 ans après Zapad-81, la Russie affiche sa puissance militaire avec de gigantesques manœuvres

La Russie a lancé mardi les plus vastes manoeuvres militaires de son histoire, dénoncées par l'Otan comme la répétition d'un "conflit de grande ampleur". Aux yeux de l'armée russe, cette démonstration de force est similaire à "Zapad-81", menée il y a près de 40 ans.

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Des blindés lors de l\'exercice bielorusse Zapad-2017.
Des blindés lors de l'exercice bielorusse Zapad-2017. (SERGEI GAPON / AFP)

"Il y aura comme un air de Zapad 1981, mais en plus imposant, d’une certaine manière" : c’est ainsi qu’avait présenté, à la fin du mois d’août dernier ces exercices militaires conjoints le ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou. Alors j’ai replongé dans les archives pour voir à quoi il fait allusion et voir surtout ce qu’implique une telle comparaison.

Envoyer un message à la Pologne

On parle très peu du fameux Zapad 1981 dans les médias français à l’époque. J’ai tout de même retrouvé leur trace dans une brève du journal de 20 heures d’Antenne 2 de Daniel Bilalian, le 13 septembre 1981, lequel évoque un exercice militaire gigantesque, le plus important de la Guerre froide pour le Pacte de Varsovie. L’objectif, alors, est triple. Le premier est d’envoyer un message à la Pologne : il s’agit d’un avertissement très clair envoyé aux communistes au pouvoir alors dans la démocratie populaire et qui se trouvaient aux prises avec l’agitation syndicale et politique de Solidarnosc de Lech Walesa. Jean-Paul II l’avait reçu au début de l’année 1981 et le 5 septembre 1981, quelques jours avant le début de ces fameux exercices militaires géants se tenait le premier congrès de Solidarnosc dont l’écho est énorme dans toutes les usines du pays…

Le deuxième et le troisième objectifs sont plus internationaux. Il s’agit d’abord d’envoyer un message au nouveau président américain, Ronald Reagan, installé à la Maison Blanche depuis le mois de janvier et qui emploie une rhétorique très agressive à l’égard de Moscou, bien différente de celle de son prédécesseur Jimmy Carter. Enfin, le troisième objectif est d’envoyer un autre message clair, celui-ci plus largement à l’Otan au moment de la fameuse crise des euromissiles, puisque depuis 1979, l’Otan a installé des missiles Pershing face aux SS20 soviétiques au cœur de l’Europe.

Montrer les muscles, pour ne pas s'en servir

La référence à cette manœuvre de la part de l’actuel ministre de la défense russe n’est pas anodine. Évidemment, un air de guerre froide flotte sur l’ordre mondial. Aussi, dans ce contexte, montrer les muscles permet largement de ne pas s’en servir. Aujourd’hui comme hier, la Russie envoie un message à l’Otan avec qui les relations sont exécrables depuis la crise ukrainienne, mais en réalisant ces exercices très loin de l’Europe (ils s’appellent Vostok, ‘Est’, là où Zapad signifie ‘Ouest’, et qui plus est avec quelques milliers de soldats chinois), Moscou envoie un autre message.

En 1981, l’URSS était largement isolée, et répondait avec ces exercices militaires aux menaces internes et frontalières. En 2018, la Russie veut montrer un autre visage. Celui, toujours, d’une très grande puissance militaire majeure mais avec deux nouveautés par rapport à 1981 : une puissance désormais également tournée vers le Pacifique et espérant compter sur des alliés puissants. En marge de ces manœuvres, Poutine rencontre Xi Jinping. Une rencontre au moins aussi importante que ce "jeu de guerre".  

Des blindés lors de l\'exercice bielorusse Zapad-2017.
Des blindés lors de l'exercice bielorusse Zapad-2017. (SERGEI GAPON / AFP)