Sinä, 21 ans, étudiant : "Je n'arrive pas à me visualiser dans cinq ans"

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Tous les jours, Manon Mella donne la parole aux jeunes de 18-28 ans. Mercredi 22 septembre, rencontre avec Sinä, un étudiant boursier de 21 ans, rencontré lors d'une distribution de colis alimentaires à Paris.

Article rédigé par
Manon Mella - franceinfo
Radio France
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Sinä, étudiant boursier de 21 ans, lors d'une distribution de colis alimentaire Linkee à Paris (MANON MELLA / FRANCEINFO)

Direction le 20e arrondissement de Paris où a lieu, tous les jeudis, une distribution de colis alimentaires organisée par l'association Linkee. Ces colis sont destinés aux étudiants dans le besoin, qu'ils soient boursiers ou non. Avant l'ouverture des portes, 300 étudiants font la queue sur le trottoir, cabas sur l'épaule, pour venir récupérer des fruits, des légumes et des plats préparés et offerts gratuitement.

Parmi eux, il y a Sinä, un étudiant de 21 ans, boursier échelon 7. Il se rend à aux distributions Linkee au moins une fois par semaine. Une fois le loyer et la nourriture payés, il lui reste "entre 40 et 80 euros" par mois, raconte-t-il, déplorant l'impossibilité d'avoir une vie sociale normale avec ce budget restant. Sinä confie devoir "sacrifier des besoins élémentaires" comme l'achat de livres pour étudier, par exemple : "Si je dois acheter un livre, je dois trouver le moyen de le lire directement à la Fnac. C'est le système D".

a ne m'arrivait jamais de sauter le petit-déjeuner"

Faute d'argent, Sinä confie sauter des repas comme le petit-déjeuner : "Ça ne m'arrivait jamais de sauter le petit-déjeuner. Il y a des fois où je me lève à 8 heures et je n'ai pas faim jusqu'à 13 heures, tellement je me suis habitué à ça", raconte-t-il, ajoutant être inquiet pour sa santé à l'avenir.

Des étudiants dans le besoin, parfois accompagnés de leurs parents, viennent récupérer des aliments offerts par l'association Linkee. (MANON MELLA / FRANCEINFO)

Quand Sinä voit les files d'attente des distributions Linkee s'aggrandir au fil des mois, il n'arrive même plus à s'indigner. La colère semble avoir laissé place à la résignation : "Il y a un côté très politisé dans ma tête mais qui ne se développe plus tant que ça. Tout le monde s'habitue à cet état de descrescendo social. On n'a même plus les mots et on n'en parle même plus.".

Sinä se décrit dorénavant comme "apolitisé", revendiquant la reconnaissance du vote blanc. "Il n'y a pas de vrais échanges avec les élus. Ils nous voient comme des chiffres. Ils ne prennent pas leur rôle au sérieux, déplore-t-il. Mon choix d'être apolitisé revient à ce que je pense du vote blanc, la façon dont on n'en parle pas et dont on ne le légitime pas." 

Faute de moyens, impossible pour Sinä de se projeter dans l'avenir. "Je n'arrive pas à me visualiser dans cinq ou six ansIl y a une inconnue qui est trop importante et qui peut vite paralyser ta façon d'anticiper ou juste de faire des plans" dit-il, avant de souhaiter "courage à tout le monde, parce que politiquement, c'est paniquant".

Sans ces distributions, Sinä aurait du mal à se nourrir et il n'est pas le seul. L’association Linkee, qui existe depuis 2016, distribue entre 150 000 et 200 000 repas chaque mois aux étudiants, sans condition de ressources.

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