Amine, 17 ans, en a "marre de voir des politiciens qui ne sont jamais venus dans nos quartiers"

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Tous les jours, Manon Mella donne la parole aux jeunes de 18-28 ans. Mardi 12 octobre, rencontre avec Amine, 17 ans. Après avoir perdu son frère dans un règlement de comptes, il a décidé de s'engager auprès des habitants des quartiers. 

Article rédigé par
Manon Mella - franceinfo
Radio France
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Amine, 17 ans, dans le quartier Frais Vallon à Marseille. (MANON MELLA / FRANCEINFO)

Direction Frais Vallon, un quartier Nord de Marseille, pour rencontrer Amine, 17 ans. Après avoir perdu son grand frère, victime d'un règlement de comptes lié au trafic de drogue, ce jeune étudiant est aujourd'hui engagé auprès des familles de victimes et plus largement des habitants des quartiers marseillais, notamment à travers Conscience, association qu'il a lui-même créée.

Ce quartier, Frais Vallon, lui évoque d'abord "un souvenir", celui de son grand frère, Brahim, victime d'un règlement de comptes le 29 décembre 2020 : "Ils ont été retrouvés à deux dans une voiture, calcinés". Frais Vallon, "c'est le quartier où on a grandi, c'est le quartier où je l'ai vu aussi sombrer dans ces trafics de stupéfiants", raconte Amine. Frais Vallon, c'est aussi l'endroit où Amine a "pris conscience qu'il fallait se mobiliser pour les quartiers Nord" et l'endroit également où il a "pris conscience de la richesse des quartiers". 

"Les jeunes des quartiers Nord ne sont pas tous des voyous"

Amine a créé son association Conscience en 2017, avant l'assassinat de son frère. Dès 2017, Amine menait déjà plusieurs projets comme des distributions alimentaires ou encore des opérations de nettoyage. Depuis la mort de son frère, Amine organise entre autres des marches blanches pour soutenir les familles de victimes de règlements de comptes.

L'objectif est de "prendre conscience que les jeunes des quartiers Nord ne sont pas tous des voyous et que les jeunes peuvent être à l'initiative de projets", explique-t-il. L'autre objectif, en menant des opérations de sensibilisation à l'écologie, c'est aussi de "faire prendre conscience de l'enjeu écologique que nous traversons", dit Amine qui ajoute : "On n'a pas été éduqués à l'écologie. À Frais Vallon je n'ai jamais vu de poubelles de tri", note le jeune étudiant pour qui prendre soin de "l'espace où on vit" est primordial quand on vient d'un quartier défavorisé.

Faire l'ENA "pour leur montrer de l'intérieur ce qu'il se passe à l'extérieur"

Bac professionnel en gestion et administration en poche, Amine vise maintenant l'ENA ou Sciences Po. "Je veux y aller pour, de l'intérieur, leur montrer ce qu'il se passe à l'extérieur", explique-t-il. "On peut essayer de faire de nouvelles choses, en discutant et en apportant un discours qui n'est pas le même que le leur", ajoute Amine.

"Il y en a marre de voir des politiciens qu'on ne connaît pas, des gens qui ne sont jamais venus dans nos quartiers, qui n'ont pas vu les cafards dans les murs, qui n'ont pas vu les portes ne pas se fermer, qui n'ont pas vu les scooters brûler tous les soirs", énumère Amine. 

"C'est important qu'il y ait de nouvelles personnes en politique. J'espère que ma génération le comprendra"

Amine

à franceinfo

"Il faut que les dirigeants politiques soient submergés par notre force et par notre présence. Il faut que nous soyons au moins la moitié des personnes partout où des décisions se prennent", conclut Amine.

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