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1914-1918, franceinfo y était. 9 novembre 1917 : Pour un foyer national juif en Palestine

Cent ans après la Première guerre mondiale, franceinfo raconte les événements clés de 1914-1918 comme s'ils venaient de se passer. Aujourd'hui, "Pour un foyer national juif en Palestine".

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Lord Balfour. (GALLICA / BNF)

1914-1918, franceinfo y était. 9 novembre 1917 : Pour un foyer national juif en Palestine
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Le jeu d’échecs diplomatique international se poursuit. Cette fois c’est au Proche-Orient et ce sont les Anglais qui viennent d’avancer un pion qui a pris tout le monde de court. Le ministre britannique des Affaires étrangères, lord Balfour, vient d’annoncer qu’il accordait "un foyer national pour le peuple juif". Et ce foyer national se situe en Palestine, là où les Anglais avaient successivement promis un royaume aux Arabes et un territoire neutre aux Français. Difficile donc d’y voir clair… Richard Place, en sait-on plus sur cette déclaration britannique ?

Il s’agit d’une lettre adressée à lord Walter Rothschild, un banquier anglais et militant sioniste affirmé qui réclamait ce territoire et faisait pression pour l’obtenir. Pour lui, aujourd’hui, c’est un grand pas en avant. C’est aussi une grande surprise, d’abord parce que la Palestine n’appartient pas à la GrandeBretagne, ensuite parce que les termes employés n’ont rien du vocabulaire diplomatique. Le "foyer national" dont vous avez parlé est une notion très floue – on ne sait pas ce que cela signifie réellement, pas plus qu’on ne connaît les contours de la Palestine ; ce n’est pas un pays défini, un territoire clair – là encore, tout est flou. Cette lettre contredit également complètement les accords internationaux que les Britanniques ont signés et ratifiés. Dans ce texte relativement bref, le ministre des Affaires étrangères précise tout de même que rien ne sera fait qui puisse porter atteinte aux droits civiques et religieux des collectivités non juives existant en Palestine.

Richard, ces assurances ne semblent pas suffire. Le monde arabe est furieux…

Effectivement, et en particulier les Syriens et les Égyptiens. Ils craignent que Jérusalem ne tombe aux mains des juifs. Ils mettent en avant qu’en Palestine 90 % de la population est arabe… Et puis, comme je vous le disais, cette déclaration Balfour vient en contradiction avec deux accords internationaux. Le premier date de 1915 : des engagements avaient été pris auprès des nationalistes arabes qui revendiquent un grand État indépendant en Palestine ; le second prévoyait la mise sous tutelle internationale de plusieurs territoires. Avec cette déclaration, Arthur Balfour prend tout le monde de court. La communauté internationale est surprise de cette initiative du ministre britannique des Affaires étrangères.

A-t-on une idée de ce qui peut expliquer ce revirement en pleine guerre ? Pourquoi la GrandeBretagne donne-t-elle suite aux demandes de l’Organisation sioniste internationale ?

Elle veut clairement limiter l’influence de l’Empire ottoman dans cette zone. Vous avez évoqué un jeu d’échecs : c’est exactement ça ! Elle espère également obtenir les faveurs des banquiers juifs américains pour participer à l’effort de guerre. Ces dernières années, ils ont été plus favorables aux Allemands. Par ailleurs, les Russes pensent à sortir du conflit, ce que les Britanniques veulent éviter à tout prix – la Russie est un allié de poids qu’ils ne veulent pas perdre. Et là encore, chez les Russes, la communauté juive est importante et influente. De même aux États-Unis : les Américains viennent d’entrer en guerre, la Grande-Bretagne comptent sur eux. Arthur Balfour joue donc un jeu diplomatique dangereux… Il redoute une alliance entre l’Allemagne, l’Empire ottoman et la communauté juive. C’est même l’après-guerre qu’il est en train de préparer.

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