France Info y était, France info

1914-1918, franceinfo y était. 23 août 1887 : Made in...

Cent ans après la Première guerre mondiale, franceinfo raconte les événements clés de 1914-1918 comme s'ils venaient de se passer. Aujourd'hui, le "Made in...".

L\'usine sidérurgique de la famille allemande Krupp, à Essen dans l\'ouest de l\'Allemagne, en 1896.
L'usine sidérurgique de la famille allemande Krupp, à Essen dans l'ouest de l'Allemagne, en 1896. (PRINT COLLECTOR / HULTON ARCHIVE / GETTY IMAGES)

Made in Germany, made in France, etc. Voilà ce que les consommateurs britanniques vont bientôt pouvoir lire sur tous les produits importés dans l’empire. « Merchandise Act », c’est le nom de cette loi qui vient d’être votée par le parlement de Londres. Une révolution dans le commerce mondial ? En tout cas, ses promoteurs en attendent une meilleure protection de leurs produits. Grégoire Lecalot, vous êtes au parlement de Westminster pour France Info. Que dit cette loi exactement ?

Elle est très simple  : elle impose une inscription claire et précise de la provenance de chaque produit qui entre en concurrence avec un produit britannique. "Made in… ", "Fabriqué en…". C’est la mention qui devra figurer de manière très lisible sur le produit que vous voudrez acheter à Londres, Glasgow, Calcutta, au Cap, à Montréal, etc. Bref, dans tout l’Empire britannique.

Les produits visés par cette loi, par ce Merchandise Act, sont surtout ceux qui pourraient passer pour des contrefaçons de produits britanniques qui paraissent fabriqués en métropole ou dans l’Empire. Un député citait un exemple dans la presse : les couteaux, les ciseaux ou les outils en fonte qui viennent de Sheffield, dans le Yorkshire, une des capitales anglaises de l’acier, souffrent d’une concurrence de produits bon marché, de médiocre qualité, qui ressemblent aux marchandises britanniques. Or ces outils sont pour la plupart fabriqués au bord du Rhin, en Allemagne, dans la ville de Solingen. Eh bien ça, c’est fini. Ils devront désormais porter la mention "Made in Germany", "fabriqué en Allemagne", comme cela, le consommateur britannique pourra faire son choix en toute connaissance de cause.

Un exemple parlant en effet. Car c’est surtout l’Allemagne qui est visée par ce texte…

Il ne faut pas le dire officiellement : les relations entre Londres et Berlin ne sont déjà pas au beau fixe. Et le Kaiser Guillaume n’apprécierait sans doute pas de voir son pays nommé dans une loi votée sur les bords de la Tamise. Il n’y a donc aucun nom de pays dans le texte lui-même. Et la France, par exemple, pourrait y être soumise aussi, si elle exporte des produits concurrençant les produits britanniques.

Mais personne ne s’y trompe en vérité : l’Allemagne est évidemment la première concernée. Clairement, la toute jeune industrie allemande fait peur. C’est un peu la vieille lady effarouchée face aux appétits de la jeune louve. Et les industriels britanniques sont à la manœuvre derrière ce texte. Il faut dire qu’en quelques années seulement, le rattrapage est impressionnant. On se souvient de l’Exposition universelle de Philadelphie en 1876, il y a seulement onze ans. Les produits allemands étaient alors l’objet de railleries : « une tendance à être bon marché et de mauvaise qualité », disait-on.

Et c’est vrai au moins pour le côté bon marché. Car les Allemands usent et abusent du dumping : ils vendent moins cher à l’étranger que sur leur propre marché, et ça agace beaucoup à Londres. Parce que ça marche. De l’aveu même des lobbyistes présents dans les corridors sans fin de Westminster, les Allemands sont en train de tailler des croupières aux Britanniques sur des marchés que ceux-ci tenaient solidement en Asie ou en Afrique, par exemple. Et comme Berlin voudrait bien en plus rejoindre le club très fermé des puissances coloniales, cette invasion commerciale allemande inquiète d’autant plus. Le gouvernement et les députés britanniques espèrent donc que les consommateurs retrouveront le réflexe patriotique et laisseront sur les rayonnages les produits étiquetés "Made in Germany", pour leur préférer les produits britanniques, même s’ils sont plus chers.