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1914-1918, franceinfo y était. 2 juin 1917 : Mutineries dans l'armée française

Cent ans après la Première guerre mondiale, franceinfo raconte les événements clés de 1914-1918 comme s'ils venaient de se passer. Aujourd'hui, "Mutineries dans l'armée française".

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Logo franceinfo. (JEAN-CHRISTOPHE BOURDILLAT / RADIO FRANCE)

1914-1918, franceinfo y était. 2 juin 1917 : Mutineries dans l'armée française
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Les mutineries prennent de l’ampleur dans l’armée. Plusieurs unités ont mis la crosse en l’air dans le secteur du Chemin des Dames. Elles refusent de retourner aux tranchées et demandent leurs quarante-cinq jours de repos, avec parfois des revendications plus radicales. Mathilde Lemaire, vous êtes à Ville-en-Tardenois, au sud du Chemin des Dames, où des incidents ont éclaté. Vous vous trouvez actuellement dans une manifestation de plusieurs milliers de soldats.

Depuis 18 heures, ce sont au moins 2 000 fantassins des camps militaires environnants qui affluent près de la mairie de Villeen-Tardenois où je me trouve. En tête de ce rassemblement on distingue un drapeau rouge. Ces hommes ne semblent pas décidés à rentrer dans leur baraquement, tout à l’heure, ils ont même violemment interpellé un général qu’ils accusent de tous les maux : il s’agit du général Bulot. C’est la première fois que de tels faits se produisent… Encore plus sidérant, les soldats ont même arraché les étoiles de son uniforme.

Les officiers vont-ils d’ici la nuit réussir à calmer ces soldats en colère ? Certains d’entre eux disent que c’est sous l’effet de l’alcool qu’ils se sont mobilisés. Faudra-t-il utiliser les mitrailleuses pour repousser ce cortège impressionnant ? C’est encore incertain… L’atmosphère ici est plus que tendue.

Des incidents avaient déjà eu lieu hier à Ville-en-Tardenois…

Hier à la mi-journée, des vociférations se sont fait entendre dans les baraquements du 23e régiment d’infanterie. Les gradés sont rapidement arrivés sur place pour calmer la centaine de manifestants, mais cela n’a pas empêché la contagion de cette colère jusqu’à Chambrecy, un autre camp, à 2 kilomètres d’ici. À chaque fois, on sent que la base a perdu complètement confiance en sa hiérarchie.

Concrètement, que réclament ces hommes ?

Tout est parti d’une rumeur hier matin, qui dit que les quarantecinq jours de repos promis aux soldats depuis longtemps ne seront finalement que vingt et un. Trois semaines de repose au lieu de cinq, cela a fait hurler les soldats, qui n’en peuvent plus, qui craquent… Ils rêvent chaque nuit de ce jour où ils pourront se poser un peu, dormir vraiment. Les hommes mobilisés expliquent qu’ils ne retourneront pas au front, qu’ils n’iront pas relever leurs camarades tant qu’on ne leur aura pas donné ces quarante-cinq jours de repos. Ce mouvement a pris de l’ampleur hier dans l’aprèsmidi. Là aussi il y avait le drapeau rouge. On a même entendu l’Internationale… "Marre ! Marre ! Marre !", "Vive la révolution !", hurlent les hommes. Le général Bulot est traité d’assassin, de buveur de sang. Encore ce soir, au moment où je vous parle, dans la manifestation certains n’hésitent à demander sa mort.

L’ambiance est électrique et pourtant le calme avait semblé revenir…

En effet, et sans doute grâce au général Mignot, que j’ai rencontré tout à l’heure, qui explique qu’il a négocié "serré". Vers 21 heures hier, beaucoup d’hommes refusaient encore de rentrer dans les baraquements quand le général est intervenu en personne, leur promettant qu’ils n’auraient pas à remonter dans les tranchées aujourd’hui et que lui-même irait porter leurs revendications à ses supérieurs. Une heure après cet engagement, les soldats ont fini par aller se coucher, non sans bruit ; certains ont cassé des vitres sur le chemin du retour, la mairie a été en partie mise à sac, des fourgons ont été renversés… Et le retour au calme ne fut que de courte durée. La contestation a repris de plus belle aujourd’hui. Comment les choses se termineront-elles ce soir ? On l’ignore encore…

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