France Info - Revue XXI, France info

À l'école de la censure, en Chine

Benjamin Gauducheau, journaliste et sinophile, a enquêté sur les rouages de la censure en Chine. Un système qui se dessine en filigrane du portrait qu'il dresse d'un ancien fonctionnaire de la propagande, devenu spécialiste des affaires de corruption et d'abus de pouvoir.

--'--
--'--
Copié dans le presse-papier !
(©)

À force de recueillir des histoires de paysans frappés
par des cadres, de terres saisies illégalement, d'affaires de corruption, Wang
Keqin a fini par comprendre que le problème était le système lui-même. Et après
plusieurs années au service de la propagande du parti communiste, il a finalement
décidé de passer outre les interdits et d'enquêter sur ces situations. Au
début, assure-t-il, il le faisait par compassion et pour aider le Parti à
identifier les problèmes.

Jusqu'à ce qu'il révèle en 2001 une vaste escroquerie
boursière, dans laquelle plusieurs dizaines de milliers de petits
porteurs chinois ont été ruinés. Un journal fini par le publier, 150 personnes
sont arrêtées et une commission de travail est mise en place par le Premier
ministre.

Depuis, Wang Keqin a dénoncé des expropriations
illégales de paysans par des fonctionnaires véreux, les ravages d'une
mystérieuse épidémie infantile dans le nord-est de la Chine, ou encore le vrai
bilan humain des pluies diluviennes qui se sont abattues sur le pays à l'été
2012.

Une dissidence et une liberté de travail qui ont un
coût. S'il a la chance de ne pas croupir en prison, comme d'autres journalistes
chinois, il lui est interdit de sortir du territoire depuis trois ans, et il est
régulièrement placé sur écoute. Le prix à payer pour pouvoir dire sa vérité.

(©)