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Les intermittents du spectacle, un symbole des mutations du monde du travail ?

Alors qu'un médiateur a été nommé par le gouvernement pour "répondre à certaines inquiétudes" des intermittents du spectacle, peut-être serait-il bon de se pencher sur les nouvelles formes de travail provoquées par le numérique, mais aussi sur son individualisation croissante, dont les intermittents font partie. Analyse.

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(Nathanaël Charbonnier Radio France)

Plusieurs symptômes nous montrent que des évolutions de fond sont à l'œuvre dans le monde du travail. La tension est vive actuellement : le MEDEF et les syndicats d'une part, le gouvernement d'autre part et les intermittents du spectacle enfin...

Faut-il agréer un accord, longuement négocié, mais qui durcit le statut des intermittents ?

Un accord plus juste vis-à-vis de tous les chômeurs disent les partenaires sociaux ; un accord qui accroit la précarité disent les représentants des intermittents, et notamment du fait d'une période de carence plus longue. Dans son livre Les intermittents du spectacle : sociologie du travail flexible , le chercheur Pierre-Michel Menger a montré que les intermittents étaient une sorte de symbole du travail aujourd'hui et une illustration des métamorphoses de la question sociale . Il montre que le risque du chômage est inhabituellement élevé chez les professionnels de la culture.

Une question qui dépasse les seuls intermittents ?

Des individus qui deviennent conducteurs de VTC sans avoir une licence de taxi. On comprend l'énervement des chauffeurs de taxis. Des individus, souvent modestes, qui louent leur chambre ou leur appartement sur Airbnb pour arrondir leurs fins de mois. On comprend les problèmes que cela pose aux hôtels. Et sans parler des auto-entrepreneurs qui, faute de trouver un emploi, ont tout simplement décidé de créer leur mini-entreprise pour se salarier eux-mêmes. 300.000 Français en moyenne le font chaque année. Un vrai phénomène social.

Beaucoup de ces nouvelles formes de travail sont liées à internet qui permet une géolocalisation utile ou une mise en relation plus facile de l'offre et de la demande. C'est aussi une forme moderne et modeste du monde du travail, avec un côté Do-it-yourself (faites-le vous-même) : si l'on est au chômage, mieux vaut créer soi-même son propre travail.

Comprendre l'individualisation du travail

Cette semaine, la CFDT s'est réunie à Marseille pour son 48e Congrès. Largement réélu, son secrétaire général, Laurent Berger, a pointé le besoin de se réformer, le besoin de prendre des risques et de recréer un nouveau rapport de force avec le gouvernement. Mais la CFDT, comme les autres syndicats, a-t-elle compris des phénomènes comme Uber, Airbnb, ou des phénomènes plus anciens comme celui des intermittents du spectacle ? Ce n'est pas certain.

Les partis et les syndicats traditionnels ont du mal à cerner ce phénomène majeur qu'est l'individualisation du travail. Fabienne Brugère, dans La politique de l'individu , a défendu l'idée que les individus n'appartiennent plus à des catégories professionnelles stables. L'heure n'est plus seulement aux positions, aux statuts sociaux, mais aux trajectoires. Et c'est ce que les partis et les syndicats n'ont pas forcément compris.

Les auto-entrepreneurs par exemple incarnent une volonté très forte de s'en sortir en période de crise. On a vu aussi que des députés socialistes de Paris voulaient interdire la location d'appartements sur Airbnb... Ils n'ont pas compris que cela concernait des personnes parfois en difficulté, des classes moyennes ou populaires pour qui louer une chambre chez soi est un moyen de survivre en toute légalité.

Dans tous les cas, ces nouvelles formes du travail peuvent poser problème. Il y a des situations d'abus, chez les auto-entrepreneurs, les intermittents du spectacle mais aussi chez les habitués d'Airbnb. Il convient de les corriger et de les réguler.

Mais il faut aussi comprendre les évolutions du monde du travail avec son individualisation croissante et le rôle désormais décisif du numérique. Les syndicats peinent à comprendre et les partis politique ont du mal à mettre à jour leurs logiciels.

 

* Pour aller plus loin :

(Nathanaël Charbonnier Radio France)