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En attendant Netflix, service de vidéos à la demande

L'arrivée prochaine de Netflix fascine autant qu'elle inquiète. Mais de quoi parle-t-on ? Est-ce vraiment révolutionnaire ? Quelles inquiétudes cela suscite-t-il ? Et, surtout, qu'est-ce que cela implique pour la culture de demain ? Analyse.

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Netflix est un service de vidéos à la demande qui permet, grâce à un
abonnement, de voir des dizaines de milliers de films et de séries en streaming et en illimité. Aux Etats-Unis, cela coûte 8 $ par mois (environ 6 €) d'où, en partie, le succès que le service rencontre : 44 millions de personnes, majoritairement encore des Américains y sont déjà abonnés . En France, son arrivée est annoncée pour cet automne.

Et c'est une bonne nouvelle.
Cela permet par exemple de lutter contre le piratage. Actuellement,
l'offre légale hexagonale de séries télévisées est assez médiocre, et
beaucoup préfèrent pirater les dernières séries américaines pour les
voir rapidement. Car lutter contre le piratage ne passe pas par des
sanctions fortes mais avant tout par une offre légale au juste prix. D'une certaine manière, Netflix, c'est beaucoup mieux qu'Hadopi !

Cela
permet aussi la mobilité : on peut suivre un film ou une série sur de
nombreux appareils. En gros, vous avez le "loueur de dvd" directement
dans votre salon. Enfin, Netflix annonce une évolution inexorable : le basculement de la télévision vers le streaming d'ici quelques années.

Pourtant, Netflix pose autant de questions qu'il en résoud et suscite des inquiétudes légitimes. Quatre principalement.

D'abord, celle relative à la chronologie des médias .
En France, il faut attendre environ trois à quatre mois après la sortie
d'un film en salles pour pouvoir se le procurer en DVD, 10 mois pour le
visionner sur une chaîne payante de type Canal +, et 22 à 32 mois pour
le voir gratuitement à la télévision.

Aux Etats-Unis, c'est la
même chose qu'en France : il y a bien une chronologie des médias, mais
décidée par les studios directement, film par film, et non par la loi
plus uniforme, comme chez nous. Et Netflix respecte cette chronologie -
contrairement à ce qu'on a lu ou entendu en France. Netflix est légal et
ne diffuse un film qu'avec un contrat par un studio. Qui respecte
toujours la chronologie des médias voulue par le studio.

L'inquiétude
sur la chronologie des médias est donc infondée, même si Netflix a
tendance à vouloir que les films soient disponibles plus tot en SVOD (la
VOD par abonnement) - ce qui est une évolution sans doute inévitable.

Deuxième inquiétude : la question de la diversité culturelle .
L'offre Netflix est très américaine, très anglo-saxonne et pour,
l'instant les productions françaises et européennes y sont peu
présentes.Or, il y a des règles en France, des sortes de quotas, pour
les films français. Netflix, en s'installant par exemple au Luxembourg,
pourrait ne pas respecter cette diversité.

La troisième inquiétude porte sur le financement du cinéma français .
En France, il existe par exemple des obligations de co-productions, et
Netflix pourrait y échapper, s'il s'installe au Luxembourg. Cela fait
littéralement exploser le modèle du cinéma français - et tout
particulièrement celui de Canal +

La dernière inquiétude vient des opérateurs et des fournisseurs d'accès à Internet. C'est la question de la bande passante .
Il faut savoir qu'en soirée, aux Etats-Unis, Netflix représente 30 % du
trafic sur Internet ! Et cela leur coûte cher. Ils veulent donc faire
payer Netflix pour utiliser leur bande passante, ce qui remettrait en
cause la "neutralité du net".

Pour conclure, nous pouvons dire que Netflix annonce deux évolutions majeures de la culture à l'heure numérique. L'abonnement
d'abord : Netflix est au cinéma la même chose que sont Spotify et
Deezer pour la musique ; le livre pourrait suivre avec Scribd et bien
sûr Amazon Prime.

L'algorithme ensuite : plus de 600
ingénieurs travaillent constamment pour améliorer l'algorithme pour vous
proposer des recommandations de plus en plus pertinentes. Chaque
utilisateur a un profil parmi 79.000 portraits robots d'utilisateurs
pré-définis. L'ensemble est constamment mis à jour.

En résumé,
Netflix montre que la culture est en train de passer d'un produit
culturel physique à un service culturel dématérialisé ; de l'achat à
l'unité à l'abonnement, de l'économie de l'acquisition à celle de la
location.
Netflix indique l'avenir de la télévision, le futur de la culture. C'est ce qui fascine, mais c'est aussi ce qui inquiète.

 

** Pour aller plus loin : *

 

* A propos de la chronologie des médias

  • La chronologie des médias en France (CSA)

  • La chronologie des médias existe aux Etats-Unis, comme en France : les
    films d'Hollywood sortent, en général, en salles de manière exclusive
    pour 90 jours. Ensuite, selon les contrats fixés par les studios, et
    souvent film par film, ils sortent en DVD et en VOD à la demande (à
    l'acte et non pas par abonnement). Ensuite seulement, entre 120 jours et
    3 ans après, ils sortent sur les télévisions payantes et en SVOD (VOD
    par abonnement, de type Netflix).

  • Prenons par exemple plusieurs nouveautés récentes (mars 2014) de Netflix. On observe différentes "fenêtres" : 46 semaines ou 11,5 mois (pour le film Mud ), 41 semaines ou 10 mois (The Prey ), 32 semaines ou 8 mois (Paranoia ), 20 semaines ou 5 mois (Big Sur ), 17 semaines ou 4,5 mois (Contracted ),
    etc. Plus un film a échoué en salle, plus il est indépendant, plus il
    sort tôt sur Netflix parce que les producteurs le bradent. Le film Gattaca ,
    en revanche, sorti il y a 17 ans, vient juste de sortir sur Netflix.
    Et, en moyenne, les blockbusters hollywoodiens les plus "mainstream"
    sortent plus tard sur Netflix, entre 10 mois et 36 mois.

 

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