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Expliquez-nous... Le peuple des Sentinelles

Alors qu'un jeune Américain est mort la semaine dernière sur une île de l'archipel des îles Andaman, tué sous les flèches d'un peuple qu'il voulait approcher, focus de franceinfo sur ce peuple coupé du monde et qui entend le rester: Les Sentinelles.

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Une vue aérienne de  l\'île de North Sentinel située dans l\'archipel indien d\'Andaman-et-Nicobar, le 14 novembre 2005.
Une vue aérienne de  l'île de North Sentinel située dans l'archipel indien d'Andaman-et-Nicobar, le 14 novembre 2005. (GAUTAM SINGH / AP / SIPA)

Les Sentinelles tirent leur nom de l'île sur laquelle ils vivent: North Sentinel, dans l'archipel des Andaman -archipel du golfe de Bengale rattaché à l'Inde-

C'est un peuple de chasseurs-cueilleurs. On sait qu'il pratique aussi la pêche.

Les ethnologues estiment la population de cette île à entre 20 et 250 personnes. Ils estiment aussi que la présence de ce peuple sur l'île remonte à au moins plusieurs milliers d'années -60 000 ans d'après l'ONG Survival International, qui lutte pour le respect des droits des peuples autochtones-

Un peuple qui refuse d'être approché

Tous ceux qui depuis plus d'un siècle ont tenté d'approcher les Sentinelles ont dû renoncer. Aux tentatives d'expéditions britanniques ont succédé des expéditions indiennes. Des anthropologues ont tenté d'entrer en contact avec ce peuple.

A chaque fois, et à une exception près, les Sentinelles se sont cachés dans la forêt, ou ont sorti des arcs et tiré des flèches vers ceux qui tentaient de les approcher.

Le jeune Américain mort la semaine dernière sous les flèches de cette tribu se voyait comme un missionnaire chrétien. Il avait payé des pêcheurs pour s'approcher de l'île, de manière illégale puisque les autorités indiennes interdisent de se rendre à moins de cinq kilomètres de North Sentinel. 

Un rejet farouche des étrangers qui s'expliquent par plusieurs facteurs

A partir de transpositions de ce qu'ils savent d'autres peuples de l'archipel, comme celui des Jarawas, les ethnologues évoquent plusieurs facteurs d'explications au rejet des étrangers par les Sentinelles. 

"A la volonté de rester indépendants, s'ajoute probablement, selon le spécialiste de l'Inde et de l'Asie du Sud Raphaël Rousseleau interrogé par franceinfo, l'idée que les étrangers sont une humanité différente, éventuellement porteuse de sorcellerie ou de pouvoirs problématiques pour eux". L'ethnologue évoque aussi "des expériences coloniales traumatisantes pour ce peuple à l'époque où les îles Andaman, au XIXème siècle, servaient de pénitentier".

L'ONG Survival appelle quant à elle à respecter absolument l'isolement de ce peuple. Elle redoute les conséquences sanitaires qu'auraient des contacts forcés -et qu'ont pu avoir la venue de ce jeune Américain- : la crainte notamment que le système immunitaire de ces hommes et ces femmes ne supporte pas l'exposition aux potentielles infections transmises. Les défenseurs des peuples autochtones redoutent aussi qu'il n'arrive un jour aux Sentinelles ce qui est arrivé au peuple voisin des Jarawas: tentative de sédentarisation, braconnage sur leurs terres, venue de touristes et organisation de safaris humains.

Une vue aérienne de  l\'île de North Sentinel située dans l\'archipel indien d\'Andaman-et-Nicobar, le 14 novembre 2005.
Une vue aérienne de  l'île de North Sentinel située dans l'archipel indien d'Andaman-et-Nicobar, le 14 novembre 2005. (GAUTAM SINGH / AP / SIPA)