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Expliquez-nous... la chute de Ramadi

Alors qu'on croyait le groupe Daech sur la défensive en Irak, la ville de Ramadi est tombée ce week-end entre les mains des djihadistes. C'est un revers important pour le gouvernement central et pour les Américains. A tel point que le Premier ministre irakien a mobilisé les milices chiites, avec un risque d'embrasement confessionnel dans cette province Sunnite.

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(Province de Ramadi, le 22 avril 2015 © Maxppp)

Ramadi c'est l'effondrement d'une digue pour les Américains et le gouvernement central. On est dans la région d'Al Anbar. C'est un secteur de steppes et de désert, placé contre plusieurs frontières à l'ouest de Bagdad. C'est surtout un fief sunnite, soudé à l'Etat Islamique, pourvoyeur de combattants et d’une partie de l'élite politique.

Dans cet océan insurrectionnel, Ramadi reste le port d'attache des Américains. Le secteur est un patchwork de tribus. Certaines ont fait le choix de ne pas lâcher le gouvernement central, d'autres refusent de laisser leur pouvoir, et notamment l’économie de la contrebande à l'Etat islamique. Ramadi résiste depuis presque un an et demi même si le groupe terroriste a mordu déjà dans certains quartiers de la ville des 2014.

Une résistance sans soutien

Avec la chute de Ramadi, on touche une limite dans la stratégie américaine. C’est comme cela que Myriam Benraad, spécialiste de la région, explique l’effondrement. Les tribus ne sont pas novices dans la lutte contre les groupes armés. Elles ont déjà chassé Al-Qaïda, la matrice du groupe Etat islamique. C’était après 2006. Avec un soutien en armes, directement livrées par les Etats-Unis.

Pour cette seconde guerre contre le terrorisme, l'administration Obama a choisi un autre circuit. Elle passe par le pouvoir central qui n'est pas de la même confession que les tribus de Ramadi. La poche de résistance se retrouve sans véritable soutien, épaulée par une armée Irakienne inconséquente, déjà diminuée par des massacres qui ont eu lieu fin de l'année dernière.

Risque d’affrontements confessionnels

Conséquences, le groupe Daech renforce sa position à proximité de Bagdad. Il verrouille son axe d'approvisionnement en direction de ses fiefs en Syrie. Et il crée les conditions d'une escalade confessionnelle. Jusqu'à présent les milices chiites soutenues par l'Iran étaient restées à l’écart de cette province à haut risque. Lundi le Premier ministre a demandé l'aide de ces groupes accusés d'exactions pendant la campagne de Tikrit.

Cela les confirme dans le rôle de bras armé du régime. Et cela douche un peu plus les espoirs d'une garde nationale qui aurait pu rassembler chiites et sunnites pour défendre une vision du pays pluri-confessionnelle.

Pour en savoir plus : Irak de Babylone à l'Etat islamique de Myriam Benraad, éditions Le cavalier bleu

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(Province de Ramadi, le 22 avril 2015 © Maxppp)