Une réforme des retraites… mais pour quoi faire ?

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C'est l’une des principales réformes déjà annoncées pour le second quinquennat d’Emmanuel Macron : la réforme des retraites ! Les membres du gouvernement se relayent pour rendre compte de sa nécessité. Mais les explications… laissent parfois sceptique.

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Clément Viktorovitch dans Entre les lignes, sur franceinfo, le 1er juin 2022. (FRANCE INFO / RADIO FRANCE)

C’est une règle fondamentale en rhétorique, quand on justifie une seule et même décision avec plusieurs arguments très différents, c’est peut-être que la véritable raison… est laissée dans l’ombre. En va-t-il ainsi de la réforme des retraites ? Il nous est permis, désormais, de poser la question.

>> VRAI OU FAKE : le système actuel des retraites est-il en déséquilibre ?

Mercredi 1er juin à la mi-journée , Olivia Grégoire, la nouvelle porte-parole du gouvernement, expliquait en conférence de presse pourquoi cette réforme serait, selon le président de la République, totalement indispensable. "C'est une réforme que nous faisons pour dégager des marges de manœuvres pour financer le progrès social dans notre pays, et un meilleur accompagnement de nos concitoyens, déclare-t-elle. Nous refusons de le financer par une augmentation d'impôts et ces choix se traduiront dans la réforme des retraites avec la nécessité pour nous tous de travailler un petit peu plus longtemps de façon progressive. L’objectif de la réforme des retraites, d’après la porte-parole, serait donc de financer certaines mesures dites de "progrès social". Ce serait donc une réforme d’économie, ni plus ni moins. C’est d’ailleurs ce que dit également le Ministre de l’Économie, Bruno Le Maire. Mais… avec malgré tout tonalité légèrement différente.

"On peut contester notre projet politique, note Bruno Le Maire mercredi sur France Inter. Je pense qu'on ne peut pas contester sa cohérence. Nous voulons poursuivre la baisse des impôts et des taxes, pour cela il faut que collectivement nous travaillions davantage. C'est l'objectif de la réforme des retraites, c'était l'objectif de la réforme de l'assurance chômage et tout cela va nous permettre de rétablir les finances publiques, baisser la dette, baisser les déficits." 

Il faut faire la réforme des retraites pour faire des économies, et ainsi… financer les baisses d’impôts et de taxes, notamment, précise-t-il avant, au bénéfice des ménages aisés : ah bon ? L’idée principale subsiste : c’est une mesure d’économie. Mais vous voyez que les raisons invoquées pour faire ces économies ne sont pas toujours les mêmes.

Des arguments confus et ... contradictoires

Une réduction des dépenses de retraites peut, c'est vrai, permettre de financer plusieurs décisions. Mais en décembre 2019, alors qu'il était question d'alllonger la durée de cotisation pour les retraites Bruno Le Maire justifiait sur France 2 la réforme par ces mots : " On va vous garantir que votre régime de retraite par répartition, celui de 1945, va être sauvé. Nous sommes solidaires entre les générations. Ça c'est le modèle français, mais d'un autre côté il faut garantir que financièrement ça tient la route. On vit plus longtemps, on rentre plus tard dans la vie active. Donc il est normal que nous incitions les Français à travailler plus longtemps." Ah ! Ca nous avait manqué ! "Comme on vit plus longtemps, il va falloir travailler plus longtemps". C’était l’argument avancé à l’époque pour justifier la réforme ! Alors, là, vous avouerez qu’on devient un peu confus. Pour quoi faire, alors, une réforme des retraites ? Financer le progrès social ? Baisser les impôts ? Ou sauver notre système par répartition ? Parce que, là, ça commence à faire beaucoup de raisons pour une seule et même réforme !  

Le changement de pied du gouvernement tient peut-être au fait que le précédent argument ne tenait pas la route ! Et pour s’en convaincre, il suffit de se référer au Conseil d’orientation des retraites, qui fait autorité. Dans son dernier rapport, il pointait que "malgré le vieillissement progressif de la population, la part des dépenses de retraite dans le PIB reste sur une trajectoire maîtrisée à l’horizon de la projection, c’est-à-dire 2070. C’était un résultat qui prévalait avant la crise sanitaire. Il demeure valable après". Donc, non : contrairement à ce que le gouvernement a répété pendant des mois, il n’est pas nécessaire de réformer les retraites pour conserver notre régime par répartition, et le fait que cet argument ne soit plus guère utilisé me semble en être la meilleure preuve.

Cela doit nous interroger. Car voilà une même mesure – l’allongement de la durée de cotisations – proposée à deux années d’intervalles, avec deux justifications non seulement différentes, mais contradictoires. La véritable raison, alors, ne serait-elle pas ailleurs ? Par exemple, et ce n’est pas un gros mot : une simple affaire… d’idéologie ? 

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