Les consommateurs de drogue "sont des complices de fait" selon Emmanuel Macron : une communication efficace ?

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Emmanuel Macron a pointé du doigt mercredi 1er septembre la responsabilité des consommateurs de drogue dans les trafics. Une manière d'incarner l'ordre en vue de la prochaine élection présidentielle.

Article rédigé par
Clément Viktorovitch - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Emmanuel Macron, en visite mercredi 1er août dans un commissariat du 14e arrondissement de Marseille. (LUDOVIC MARIN / POOL)

En déplacement de trois jours à Marseille pour évoquer notamment le trafic de drogue, Emmanuel Macron a estimé mercredi 1er août que "l'idée que dans certains quartiers ce serait branché de prendre de la drogue pour que dans d'autres on ait des jeunes qui se fassent tuer parce qu'ils la vendent ou surveillent, c'est terminé".

Il faut que tout le monde comprenne dans notre pays que les consommateurs aujourd'hui sont des complices de fait.

Emmanuel Macron

lors d'un déplacement à Marseille

C’est la première fois qu’Emmanuel Macron prend une position aussi ferme sur cette question, mais il ne fait que reprendre, au fond, la rhétorique utilisée par Gérald DarmaninVoilà des mois que le ministre de l’Intérieur fustige la consommation de drogue dans les "beaux quartiers". Et c’est effectivement une situation documentée depuis longtemps, par exemple dans le département des Hauts-de-Seine, où le trafic dans les cités est tiré par la consommation des quartiers huppés de Paris et de certaines des communes les plus riches de France (Neuilly-sur-Seine, Boulogne-Billancourt ou Levallois-Perret)

Le gouvernement évite donc de stigmatiser les quartiers populaires. Il reconnaît que le trafic et la consommation de drogue sont des problèmes qui concernent toute la société, y compris nos concitoyens les plus favorisés.  

Un message moralisateur à double tranchant

Les consommateurs qualifiés de complices, ce sont des mots fortsd’ailleurs défendus par Marlène Schiappa, la ministre déléguée à la Citoyenneté, qui était jeudi matin au micro d’Elizabeth Martichoux sur LCI :  "Lorsqu'on consomme de la drogue, on nourrit, on finance le trafic des êtres humains, le crime organisé et la prostitution". Pointer la responsabilité morale des consommateurs dans les conséquences du trafic de drogue, c’est difficilement contestable. Encore faut-il se souvenir, qu’à côté de l’usage récréatif, il y a également des consommateurs qui font du mieux qu’ils peuvent pour lutter contre une authentique addiction.

Mais surtout, cette communication est-elle efficace ? S’agissant de la lutte contre la consommation de drogues, hélas, on peut douter en douter. En psychologie, il existe un principe fondamental qui s’appelle la "réactance" : plus nous sentons que notre liberté d’action est mise sous pression, et plus nous cherchons à la reconquérir. Pour le dire clairement : plus on nous interdit quelque chose, et plus on a envie de le faire. Pour les jeunes, ce genre d’injonctions frontales, hélas, pourrait bien tendre à avoir l’effet contraire à l’effet recherché.  

L'élection présidentielle pour horizon

La stratégie politique est aussi au coeur du problème. Tous les sondages montrent que l’électorat d’Emmanuel Macron s’est déplacé sur la droite de l’échiquier.  Dans la perspective de l’élection présidentielle, il doit absolument parvenir à incarner la loi et l’ordre, sans quoi il risque de laisser un espace béant à sa droite, et donc un couloir rêvé pour Les Républicains.

Cela explique que, depuis quelques mois, l’exécutif cherche à afficher une fermeté sans pareille concernant le trafic et la consommation de drogue. A Marseille, Emmanuel Macron était effectivement venu annoncer des mesures. Mais il en a profité aussi pour émettre de l’image et renforcer sa posture.    

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