Le portrait rhétorique d'Anne Hidalgo

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Tous les jours, Clément Viktorovitch décrypte les discours politiques et analyse les mots qui font l'actualité.

Article rédigé par
Clément Viktorovitch - franceinfo
Radio France
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Anne Hidalgo, candidate PS à la présidentielle 2022, était l’invitée des "matins présidentiels" de franceinfo lundi 25 octobre.  (FRANCEINFO / RADIOFRANCE)

Anne Hidalgo était l'invitée des "matins présidentiels" de franceinfo, lundi 25 octobre. Après avoir écouté toutes ces précédentes interventions, Clément Viktorovitch a analysé la rhétorique de la maire de Paris et candidate PS à la présidentielle de 2022.

Anne Hidalgo a tendance à faire de longues phrases. Par exemple : "Ce que fait aujourd'hui le gouvernement, par exemple en attaquant la ville de Paris parce que je refuse d'augmenter le temps de travail, par exemple des éboueurs, je refuse d'augmenter le temps de travail d'un certain nombre de personnels qui travaillent sur la petite enfance parce que ces personnes-là ont des conditions de travail extrêmement difficiles et qu'elles ont été en première ligne, elles ont été en première ligne et on les récompense comme ça, je vois bien ce gouvernement, qui en fait est un mouvement de droite et ne s'en cache plus, est un gouvernement qui ne veut pas poser ses sujets qui sont les sujets du progrès social." Plus de 30 secondes pour une seule phrase. C'est beaucoup. Anne Hidalgo est sans doute l'une des oratrice politiques à la syntaxe la plus complexe.

La stratégie du cadrage

Au moins trois habitudes rhétoriques marquent ses discours. La première est assez simple, elle ne répond presque jamais immédiatement aux questions qui lui sont posées mais commence d'abord par apporter un peu de contexte. "D'abord, je pense que les politiques sont des justiciables comme les autres (...) D'abord, je sens que les gens sont très inquiets (...) D'abord, je respecte le vote des militants (...) D'abord à Paris, pour écarter ce sujet (...) D'abord, il faut parler aux Françaises et aux Français." Une véritable stratégie rhétorique qu'on appelle le cadrage. Elle consiste, avant d'apporter une réponse, à avancer d'abord un certain nombre de présupposés, ce qui peut parfois conduire à dériver jusqu'à ne plus répondre tout à fait à la question qui était initialement posée.

L'utilisation de la proposition subordonnée

Mais elle ne se contente pas d'ajouter des précisions avant de répondre, elle le fait également pendant ses réponses. Ce qui se traduit par l'utilisation fréquente d'une forme grammaticale bien précise, la proposition subordonnée. "Se fixer cet horizon, bien sûr, qui est celui des pays qui réussissent d'ailleurs, y compris dans leur système d'éducation (...) La plus efficace, c'est quand même de jouer sur les taxes, ce qu'ont fait d'ailleurs d'autres pays (...) Cette période du chômage, qui est toujours une période dramatique pour tout le monde (...) Il faut équiper le pays de bornes de rechargement, ce qui n'est pas non plus dou tout prévu dans le plan de relance du gouvernement..." 

On a là quelques exemples de propositions subordonnées qui devraient raviver à chacun et chacune d'entre nous nos souvenirs d'écolières et écoliers. Là encore, ça n'a l'air de rien, mais c'est un outil rhétorique en réalité qui n'est pas anodin. Ce type de proposition possède en effet pour caractéristique de reculer la fin de la phrase, voire l'arrivée du verbe dans la phrase. Il est vrai que cela peut avoir tendance à complexifier vos énoncés. Mais cela vous rend aussi plus difficile à interrompre. Ce qui, dans le cadre d'une interview, n'est pas le moindre des atouts.

De nombreuses conjonctions de coordination

Mais ce n'est pas tout. Un dernier outil rhétorique vient compléter à merveille les deux premiers puisque, non contente d'ajouter des précisions en début et en cours de phrase, Anne Hidalgo le fait aussi à la fin. Il est très fréquent qu'elle rallonge volontairement ses réponses. Ce qui se repère à la démultiplication des conjonctions de coordination. "Et puis, vous savez si on prend le sujet par le bout économique (...) Et puis, c'est aussi un sujet national (...) Et puis, à la question de tous les salaires (...) Et d'ailleurs, c'est souvent eux qui n'ont pas les solutions (...) Et d'alleurs, pour le faire (...) Et en même temps les traiter de cette façon, donc il y a un chemin..." Un petit "et puis" un subtil "et d'ailleurs", voire un "donc" suffisamment ferme pour décourager une relance, et le tour est joué. Anne Hidalgo conserve la parole tout en ayant le champ libre pour l'amener exactement où elle le désire.

Dans sa rhétorique, Anne Hidalgo utilise un ensemble de procédés qui lui permettent de conserver un contrôle sur les questions, quitte parfois à faire quelques détours avant de répondre. 

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