Jérôme Peyrat : l’art de se défausser de sa responsabilité

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Jérôme Peyrat, candidat Renaissance dans quatrième circonscription de la Dordogne, s’est retiré mercredi soir, sous la pression. Un retrait dont il s’est expliqué jeudi matin, donnant au passage une leçon dans l’art de se défausser de sa responsabilité.

Article rédigé par
Clément Viktorovitch - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Jérôme Peyrat, ex conseiller politique d'Emmanuel Macron, ex candidat LREM aux législatives en Dordogne. Photo prise à Paris le 7 mars 2022 (LUDOVIC MARIN / AFP)

Comment défendre son image quand on a été reconnu coupable de faits accablants ? C’est le dilemme auquel est confronté aujourd’hui Jérôme Peyrat. On se souvient que mercredi, sur franceinfo, Stanislas Guerini, le délégué général de La République en Marche, devenue Renaissance, avait eu toutes les peines du monde à défendre son candidat. Celui-ci a fini par se retirer, mais non sans donner sa propre version de l’affaire. Jérôme Peyrat s’exprimait jeudi matin sur France Bleu Périgord. Pour lui, on aurait fait beaucoup de bruit pour peu de choses : "J'ai pris la mesure qu'il y avait un malentendu, certainement un manque d'appréciation. C'est loin d'être assimilable aux drames absolus auxquels on a régulièrement à faire face en cette matière-là."

"Un simple malentendu, un petit manque d’appréciation, rien à voir avec un drame absolu" : tout cela, ce sont des euphémismes, des figures de minoration de la réalité. Notez d’ailleurs l’habileté de Jérôme Peyrat : il dit "les drames auxquels on a régulièrement à faire face en cette matière-là". En cette matière-là, c’est une périphrase pour éviter d’avoir à prononcer les mots "violences conjugales" ou "violences faites aux femmes", qui auraient donné à entendre crûment la réalité pour laquelle il a été condamné. C’est bien la preuve que nous sommes en présence d’une communication soigneusement maîtrisée : n’oublions pas que Jérôme Peyrat a été conseiller d’Emmanuel Macron à l’Elysée.

Florilège de sophismes

Ce n'est pas le seul procédé utilisé par Jérôme Peyrat. Lors de cet entretien avec France Bleu, il nous a offert un florilège de sophismes, de procédés argumentatifs discutables, voire déloyaux : "Il y a eu, de la part de l'opposition, une utilisation de tout cela, politicienne, à mon avis malveillante et intéressée." Donc, c’est de la faute de l’opposition, qui aurait instrumentalisé l’affaire : c’est une tactique classique, on appelle cela le sophisme du hareng rouge, qui consiste à détourner le débat avec un point hors-sujet. En l’occurrence, quelles que soient les intentions de l’opposition, cela ne change strictement rien à la responsabilité de Jérôme Peyrat.

Et ce n’est pas tout : "Je rappelle que cette affaire est une décision de justice, dans le cadre d'une dispute qualifiée de conjugale, dit encore Jérôme Peyrat. Mon accusatrice a elle aussi été condamnée à une peine d'amende ferme."  On retrouve là une volonté d’euphémisation. Sa compagne a écopé de 14 jours d’ITT tout de même, cela fait une sacrée dispute… Quant à la suite de l’argument, c’est ce qu’on appelle un sophisme de la double faute : la condamnation de Jérôme Peyrat serait atténuée par le fait que sa compagne aurait été elle-même condamnée. Avec deux nuances tout de même : d’une, elle a été condamnée pour des appels et des SMS malveillants, pas des coups. De deux, elle ne se présente pas à la députation : cela fait une légère différence…

Mais ce n’est pas encore fini : Jérôme Peyrat dit aussi que "le combat contre les violences faites aux femmes, et plus généralement contre les violences intra-familiales, la libération de la parole des femmes sur tout cela, est évidemment un combat auquel je souscris. Je ne veux en aucun cas affaiblir ce combat, cette cause. Je continuerai à les défendre."

Lui aussi, affirme-t-il, combat les violences faites aux femmes, et il continuera de mener ce combat. Peut-être, à ceci prêt que c’est précisément ce dont il est accusé. Encore une fois, c’est un sophisme, en l’occurrence une pétition de principe : Jérôme Peyrat utilise comme point de départ de son raisonnement, ce qu’il devrait précisément réussir à démontrer.

Cette affaire peut finalement se ramener à un mot

Un mot, un seul, mais qui n’a été prononcé ni par Jérôme Peyrat, ni par Stanislas Guerini : l’exemplarité. C’est la vertu qui a été mise en avant par Emmanuel Macron depuis son entrée en politique. Emmanuel Macron qui, par ailleurs, a fait de la lutte contre les violences faites aux femmes la grande cause de ses deux quinquennats. Et dont un des candidats à la députation a été condamnée pour violence sur sa compagne ? Soyons franc : aucun sophisme au monde ne pouvait suffire à résoudre une telle contradiction.

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