Marine Le Pen : le dénigrement comme dernier argument

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Dans cette campagne des législatives, Marine Le Pen a choisi une posture très agressive.

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Clément Viktorovitch dans Entre les lignes, sur franceinfo, le 18 mai 2022. (FRABNCEINFO / RADIO FRANCE)

Comment faire croire à la victoire… quand on sort tout juste d’une défaite ? C’est le douloureux dilemme auquel fait face Marine Le Pen, après avoir été éliminée nettement au second tour de la présidentielle. Et pourtant, la voilà qui doit repartir à l’assaut de ses adversaires, pour espérer conquérir le plus de sièges lors des élections législatives. Mercredi 18 mai sur France Inter, sa stratégie était claire : la meilleure attaque … c’est l’attaque. "La nocivité des positions d’Emmanuel Macron, déclare Marine Le Pen / L’incompétence d’Emmanuel Macron en matière d’économie. / Une absurdité écologique, une absurdité politique. / Une absurdité financière. Une absurdité sociale. / Le mouvement Nupes est un mouvement que je considère irresponsable. / C’est un syndicat de défense de leurs intérêts personnels. / La ZAD, la Nupes. / Une magouille. / Je dis aux Français qu’il ne faut surtout pas qu’ils envoient ça à l’ Assemblée nationale."   

Emmanuel Macron : nocif, incompétent, absurde. La Nouvelle Union Populaire : un mouvement irresponsable, une ZAD, une magouille. Dans cette campagne, Marine Le Pen a choisi une posture très agressive.

Une stratégie de disqualification

Ce sont des attaques ad personam, qui ciblent la personne même des adversaires, souvent sans s’embarrasser d’être argumentées. C’est la définition même de la disqualification. Et encore, je vous avais laissé de côté l’angle préféré de Marine Le Pen. "Emmanuel Macron a menti pendant la campagne présidentielle, assure la député RN du Pas de Calais. Il a menti sur la croissance. Il a menti sur l’inflation. Déjà à l’époque il mentait éhontément. / Vous me suggérez de mentir comme Jean-Luc Mélenchon ? La carte magouille de Jean-Luc Mélenchon, je trouve ça honteux et irrespectueux à l’égard des électeurs. C’est pas Premier ministre qu’il est, c’est premier menteur. Donc ne racontons pas d’histoires aux français."   

Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon n’auraient cessé de mentir, donc ! Elle, au contraire… est un parangon de vertu et de vérité. "Et bien moi, je suis honnête. Je suis droite, assure Marine Le Pen. Je suis loyale à l’égard de mes électeurs. Je préfère effectivement la loyauté, la droiture et la vérité à l’égard de mes électeurs, plutôt que les magouilles politiciennes."

Un portrait tout en contraste donc. Elle serait honnête, droite, loyale et sincère quand tous ses adversaires tremperaient dans les magouilles. Et c’est intéressant. Au fond, ce dont parle le plus Marine Le Pen en ce moment, c’est de l’image. La sienne, qu’elle cherche à présenter sous son meilleur jour. Et celle de ses contradicteurs, qu’elle tente de dégrader par tous les moyens. En termes rhétoriques, ses interventions ont largement déserté le terrain du logos, c’est-à-dire le fond des arguments, pour se concentrer sur l’ethos, l’image que renvoient les orateurs.

Le terrain de l'image 

Pourquoi cette stratégie ? Parce que c’est la seule qui lui reste. Rappelons que les propositions de Marine Le Pen ont été mises en difficulté, sur le fond, lors de son débat face à Emmanuel Macron. Et désavoués ensuite, par les français, lors du second tour de la présidentielle. Comment, dès lors, continuer à les répéter ? Si Marine Le Pen se déporte sur le terrain de l’image, c’est qu’elle n’a pas d’autres choix.   Et c’est particulièrement intéressant. Si vous comparez sa position avec celle de Jean-Luc Mélenchon. Jean-Luc Mélenchon est actuellement dans une dynamique plus favorable. Et c’était d’ailleurs le cas dès le lendemain du second tour, avant même l’union de la gauche. Or, quand on y pense, il a davantage perdu la Présidentielle que Marine Le Pen… puisque lui n’a même pas réussi à passer la barre du premier tour ! Il a davantage perdu, mais il n’a pas été vaincu, en tête à tête, pas le président de la République. Symboliquement, cela fait toute la différence.

C'est une situation politique inédite. Et cela vient du fait que notre vie politique ne s’organise plus autour de deux pôles, comme c’était le cas auparavant – la gauche et la droite –, mais bien trois. Et cela entraîne une conséquence paradoxale : lors de la présidentielle, le second est forcé de reconnaître sa défaite, alors que le troisième peut continuer de clamer qu’il aurait dû triompher. Faudrait-il alors commencer à réfléchir à une réforme du mode de scrutin ? Plus que jamais, c’est une question qui est posée. 

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