Attentats du 13-Novembre : comment communiquer au cœur de l'horreur ?

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Tous les soirs, Clément Viktorovitch décrypte les discours politiques et analyse les mots qui font l'actualité.  

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Radio France
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Allocution de François Hollande le 13 novembre 2015 depuis l'Elysée.  (CHRISTELLE ALIX / PRESIDENCE DE LA REPUBLIQUE)

Alors que s'ouvre ce mercredi 8 septembre le procès des attentats du 13-Novembre, on revient sur la déclaration du Président de la République François Hollande le soir de l'attaque. 

Des termes simples, sans exagération

Il est 23h55, ce soir-là, quand le chef de l’État s’adresse aux français, depuis l’Elysée : "des attaques terroristes d’une ampleur sans précédent sont en cours dans l’agglomération parisienne. Il y a plusieurs dizaines de tués, beaucoup de blessés. C’est une horreur".  François Hollande choisi de s’exprimer en des termes simples, il se contente de dire ce qui est en train de se produire.

Le mot même qu’il choisit, "l’horreur", n’est pas une hyperbole, il ne verse pas dans l’exagération. Quand la réalité est à la fois insoutenable et proche de nous, il suffit de la nommer pour que les esprits en soient frappés.  

De la compassion à la détermination

On sent le Président très éprouvé,  même s’il garde le contrôle de lui, sa voix tremble sous le coup de l’émotion. C’est d'ailleurs quelque chose qui va traverser toute l’intervention, notamment lorsqu'il déclare "j’ai une pensée pour les victimes, très nombreuses, pour leurs familles, pour les blessés. Nous devons faire preuve de compassion, de solidarité. Mais nous devons également faire preuve d’unité et de sang-froid".

Face à la terreur, la France doit être forte, elle doit être grande, et les autorités de l’état, fermes. Nous le serons. 

François Hollande

Ce passage est très fort, on passe progressivement de la compassion à la détermination. François Hollande n’utilise pas uniquement les inflexions de la voix pour faire passer cette détermination : le discours a été travaillé aussi au niveau des sonorités, puisqu’on a une allitération sur deux voyelles très dures, le 'F' et le 'R' : "Face à la terreur, la France doit être forte, et les autorités de l'État fermes". Nous sommes bien face à une prise de parole qui, toute urgente qu’elle soit, a été ciselée au mot près.  

Ne pas laisser apparaître la peur

En plus d'utiliser le terme de "terreur", le Président de la République revient aussi dans un passionnant passage sur cette émotion, la peur. "Ce que les terroristes veulent, c’est nous faire peur, nous saisir d’effroi. Il y a effectivement de quoi avoir peur, il y a l’effroi. Mais il y a face à l’effroi, une nation qui sait se défendre, qui sait mobiliser ses forces, et qui une fois encore saura vaincre les terroristes".  

Il y a une règle, en rhétorique : lorsque l'on est responsable politique, a fortiori chef d’État, la seule émotion que l’on ne peut pas laisser paraître dans un discours, c’est de la peur. On peut éventuellement chercher à la susciter, mais on ne peut pas la montrer. Les auditeurs accepteront de se laisser guider par un leader exprimant de la compassion, de la colère, de la joie, de la tristesse même, mais beaucoup plus difficilement de la peur.  

C’est ce qui explique le contraste, chez François Hollande, entre ce qu’il dit et ce qu’il transmet. Quand il affirme "il y a effectivement des raisons d’avoir peur, il y a l’effroi", la seule chose que l’on entend dans sa voix, c’est de la fermeté. En prétendant parler de lui, il montre qu’il comprend ce que nous ressentons : on retrouve le pivot central entre compassion et détermination.  

La place de la rhétorique dans une situation dramatique

La question de savoir si l'examen en termes rhétoriques du discours de François Hollande est approprié dans une situation si dramatique se comprend. Dans l’esprit du public, la rhétorique est associée à l’idée d’astuces, de procédés, de stratagèmes. Ce serait quelque chose d’artificiel, voire de toxique, et elle peut l’être. Mais la rhétorique, c’est avant tout l’art de convaincre, et le fait est qu’il n’y a rien de plus convaincant que l’authenticité.  

Dans toute cette déclaration, on sent vibrer de l’affect dans la voix de François Hollande. Il serait difficile de l’objectiver, encore plus de le quantifier, mais cela semble néanmoins tangible. C’est cela qui a permis à cette déclaration d’être à la hauteur de la situation dramatique que nous connaissions. C’est aussi un formidable enseignement : en rhétorique, plus que la technique et les procédés, ce qui compte, ce sont les émotions et la sincérité.

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