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En route vers Paris 2024. L'arbitre, le cadre d'un assaut de qualité

Cécilia Berder, membre de l’équipe de France d’escrime, est en pleine sélection pour les JO de Tokyo en 2020. Elle nous fait vivre de l’intérieur le quotidien d’un sportif de haut niveau.

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Moscou. 13 mai 2018. La sud coréenne Kim Ji-yeon à gauche, et Cécilia Berder à droite, en quart de finale de la compétition sabre féminin en individuel. L\'arbitrage en escrime a une part importante d\'interprétation et de jugement. 
Moscou. 13 mai 2018. La sud coréenne Kim Ji-yeon à gauche, et Cécilia Berder à droite, en quart de finale de la compétition sabre féminin en individuel. L'arbitrage en escrime a une part importante d'interprétation et de jugement.  (MIKHAIL JAPARIDZE / TASS)

Sport d'interprétation, comme peuvent l'être les sports artistiques tels que la danse, le patinage ou la natation synchronisée, l'escrime semble parfois difficile à comprendre pour des novices.

Un sport à l'image d'une conversation

Pourtant l'unique règle à maîtriser pour saisir la subtilité de ce sport est la règle de la priorité à l'attaque. Autrement dit, si vous avancez sur votre adversaire qui recule, vous êtes considéré comme attaquant, donc comme prioritaire. Si vous vous touchez, le point est pour vous. Le défenseur n'a d'autre choix que de faire échouer votre attaque pour devenir prioritaire.

L'escrime est à l'image d'une conversation. On parle chacun son tour, donc on avance chacun son tour. Pour reprendre la parole et redevenir prioritaire, il faut trouver le bon argument pour passer d'une position défensive à attaquante. Cela peut passer par une parade, une esquive ou un contre.

"Ne pas en faire une affaire personnelle"

Malgré cette unique règle, vous avez sûrement en image, ces tireurs qui crient avec véhémence, le poing levé, chacun persuadé d'avoir le point. Outre une part d'intox chez certains athlètes, il peut être compliqué, quand la touche va très vite, de savoir qui a attaqué en premier.

La française Cecilia Berder (à d.), lors de la finale de la Coupe du monde de sabre à Moscou, le 14 juillet 2015.
La française Cecilia Berder (à d.), lors de la finale de la Coupe du monde de sabre à Moscou, le 14 juillet 2015. (MAXPPP)

Un arbitre peut aussi être plus ou moins sensible à votre style et à votre façon d'attaquer, d'où une véritable dimension artistique dans cette discipline. Si un arbitre ne vous accorde pas le point, il est utile de ne pas en faire une affaire personnelle, de ne pas rester bloqué sur son jugement que vous ne comprenez pas et de faire évoluer votre style suivant sa sensibilité. Plus facile à dire qu'à réaliser.

Comme dans de nombreux sports, on peut ajouter une dimension politique. Les arbitres sont des êtres humains avec leurs lots d'émotions, de tensions et d'ambitions. Si un tireur s'adresse de manière agressive à un arbitre, il peut se sentir vexé ou dominé. Son jugement peut en être altéré. Les athlètes doivent connaître les arbitres et comprendre leur sensibilité quand viendra le moment de demander un éclaircissement ou de faire appel à la vidéo (deux demandes de vidéo possibles par assaut, si l'arbitre change d'avis, on conserve la vidéo).

L'importance d'être trois pour réaliser un bon match

Sur le plan relationnel, chacun y va de sa technique. Les Italiens, réputés pour "leur commedia dell'arte", ont une manière unique, imposante, bavarde, de s'exprimer face aux arbitres qui peuvent ressentir une vraie pression. D'autres jouent de leur charme dès la chambre d'appel : sourire, petite attention, blague, geste amical, certains athlètes peuvent être très inspirés.

Je suis davantage à la recherche d'une relation de respect et de politesse. Je ne veux pas tisser de liens avec eux, mis à part au moment du match. Car oui, pour faire un bel assaut, il faut être trois : les deux tireurs et l'arbitre. Par ses décisions cohérentes, par sa précision, sa rigueur, sa logique, sa discrétion, l'arbitre reste l’élément indispensable pour un match fluide et compréhensible.

Moscou. 13 mai 2018. La sud coréenne Kim Ji-yeon à gauche, et Cécilia Berder à droite, en quart de finale de la compétition sabre féminin en individuel. L\'arbitrage en escrime a une part importante d\'interprétation et de jugement. 
Moscou. 13 mai 2018. La sud coréenne Kim Ji-yeon à gauche, et Cécilia Berder à droite, en quart de finale de la compétition sabre féminin en individuel. L'arbitrage en escrime a une part importante d'interprétation et de jugement.  (MIKHAIL JAPARIDZE / TASS)