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Apprendre à nager : "une priorité" inédite appliquée dans un collège en REP des Alpes-Maritimes

Alors que le gouvernement entend "dynamiser" la pratique sportive à l'école, en vue des JO de 2024, un collège des Alpes-Maritimes a déjà mis en place une classe natation en 6e, pour des enfants qui ne savent pas bien nager.

Les élèves de la classe de 6e C du collège de Vallauris (Alpes-Maritimes) ont deux heures de cours de natation par semaine.
Les élèves de la classe de 6e C du collège de Vallauris (Alpes-Maritimes) ont deux heures de cours de natation par semaine. (SOLENNE LE HEN / FRANCEINFO)

Sur la Côte-d'Azur, le collège de Vallauris (Alpes-Maritimes) n'a pas attendu le gouvernement pour renforcer le sport à l'école. "Les cinq premières minutes de la leçon sont faites pour se faire plaisir et s'amuser dans l'eau. Allez, vous pouvez passer à l'eau !"  

Avec l'échéance des Jeux Olympiques de 2024 en France en ligne de mire, le ministre de l'Éducation national, Jean-Michel Blanquer, a annoncé, mercredi 27 septembre, que la pratique sportive allait être "dynamisée dans les écoles primaires". Dans les lycées professionnels, une filière Métiers du sport va voir le jour et dans les collèges, 1 000 sections sportives, ex-"sport-études", supplémentaires vont être créées. Enfin, tout projet sportif pourra être labellisé et, ainsi, favorisé.

Reportage pendant le cours de natation des 6e C du collège de Vallauris, dans les Alpes-Maritimes (Solenne Le Hen)
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Le collège de Vallauris, classé Réseau d'éducation prioritaire (REP), a fait de la natation une priorité. La classe de 6e C est uniquement composée d'élèves qui ne savent pas ou presque pas nager. Ils ont le niveau "débutant moyen". Ces derniers apprennent à nager deux heures par semaine et ce, toute l'année. C'est une première en France.

Ils s'appellent Kevin, Anilsa, Shaima, Yacine, Pierre, Rayan ou Mikhaïl. Si tous ont grandi au bord de l'eau, aucun ne sait nager... à un âge où il est difficile de l'avouer. "Ce n'est pas qu'on ne sait pas nager, c'est qu'on a des difficultés", rectifie l'un d'eux. "Je sais, mais pas tout à fait", assure un autre. "Ma mère a cinq enfants, papa travaille, on ne peut pas" prendre des cours de natation, se justifie un troisième.

Nager : une priorité

Certains d'entre eux souffrent même de traumatismes. "Mon tonton s'est noyé dans l'eau et il est mort", raconte par exemple un collégien.

Un jour, mon cousin m'a jeté du ponton pour voir comment je nageais, j'ai coulé.Un collégien de 6e C à Vallaurisà franceinfo

Pour atténuer ces blocages, le professeur leur donne un petit conseil dès le départ : "Il y a un truc qui gêne au début, quand on commence la natation, c'est qu'on a toujours peur que, quand on met la tête sous l'eau, il y ait de l'eau qui rentre dans le corps. Ben, regardez bien ce qu'on va faire".

Dans cette classe, les professeurs sont en maillot de bain et dans l'eau eux aussi. Pendant que l'un gère le groupe, l'autre s'occupe de ceux qui sont le plus en difficulté. Pour le collège de Vallauris, savoir nager est une priorité qui passe avant toute autre option. "Dans l'établissement, il y a une sensibilité par rapport à cela et c'est devenu une vraie priorité dans notre collège", assure Régis Fayaubost, leur professeur d'éducation physique et sportive (EPS). 

Si nous ne le faisons pas, qui le fera ? Il y a un risque derrière tout ça : la non maîtrise du savoir-nager peut entraîner des choses très graves.Régis Fayaubost, professeur d'EPS au collège de Vallaurisà franceinfo

Des cours ludiques

Le cours continue, à base de jeux et de bienveillance. "On appelle ça la technique de la marmotte, explique l'un des professeurs aux élèves attentifs. Gonflez les joues comme les marmottes et vous allez voir que ça va tout boucher." Ici, pas de situation d'échec, il n'y a pas non plus le regard des autres, de ceux qui savent déjà nager. "En fait, le but, c'est de s'amuser", rappelle un enfant.

Objectif, 100% de réussite, et une réussite pas seulement dans l'eau : "Quand on va arriver à vaincre avec lui la plus forte de ses peurs, je peux vous assurer qu'après il y a une confiance à la fois dans l'équipe d'EPS, mais aussi dans l'équipe éducative de tout l'établissement, qui est incroyable."

Il va nous suivre cet élève. On l'a récupéré, on l'a raccroché au système grâce parfois à cette école de confiance en soi qu'on a réussi à dépasser avec lui.Régis Fayaubost, professeur d'EPS au collège de Vallaurisà franceinfo

La confiance se ressent déjà : Kevin, Anilsa et les autres nourrissent de grandes ambitions en ce début d'année. "À la fin de l'année, normalement, je n'aurais plus peur du tout", promet l'un d'eux, quand son voisin l'assure : "On sera comme des requins !"