Malaisie : un député change de camp après son élection, ses électeurs portent plainte pour "tromperie"

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Un député avait assuré qu’il ne s’allierait jamais avec le gouvernement sortant. À peine élu, il change de camp. Les électeurs malaisiens portent plainte.

Article rédigé par
Gabrielle Maréchaux, édité par Ariane Schwab - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
En Malaisie, la loyauté en politique n'est pas la règle, au grand dam des électeurs. L'actuel ministre du Commerce, Azmin Ali, s'est attiré les foudres des siens en tournant casaque une fois élu, reniant ainsi ses promesses de campagne. (ZARITH INTAN SUHANA ZULKIFLI / MALAYSIA DEPARTMENT OF INFORMATI / VIA AFP)

Si les élections législatives françaises vous paraissent mouvementées avec des jeux d’alliance inédits, en Malaisie, la situation française pourrait sembler presque ennuyeuse. Dans cette monarchie parlementaire, habituée aux multiples trahisons de ses élus, des revendications se font désormais entendre pour lutter contre de ce que l’on surnomme le phénomène des députés "grenouilles". Ce sont des parlementaires qui n’hésitent pas à sauter d’un bord politique à un autre au gré des circonstances, d’où leur nom de "grenouille".  

Ces dernières années, cette pratique a provoqué une situation assez ubuesque. Pour comprendre comment, il faut d’abord savoir qu’en Malaisie, le Premier ministre, chef du gouvernement, est aussi toujours le chef de la majorité parlementaire. Mais en 2018, pour la première fois, celle-ci est détenue par l’opposition après des élections où l’UMNO, le parti qui règne sur la Malaisie depuis l’Indépendance, a perdu, empêtré dans un gigantesque scandale de corruption. Rebondissement ! Deux ans plus tard, 40 députés "grenouilles" font tout basculer en quittant la nouvelle coalition au pouvoir pour s’allier avec l’UMNO qui accède ainsi de nouveau au pouvoir, sans nouvelles élections.

Des électeurs "trahis", une plainte inédite

Dans tout ce tohu-bohu politique, un député en particulier concentre  la colère des électeurs : Azmin Ali, aujourd’hui ministre du Commerce. Son changement de parti a pu particulièrement étonner car c’est un membre fondateur du parti historique d’opposition en Malaisie et il semble avoir joué un rôle clef dans le changement de majorité parlementaire.

Pour toutes ces raisons, certains de ces électeurs ont décidé de porter plainte contre lui. Seul problème, changer de parti n'a absolument rien d'illégal. L’avocat de ces électeurs, Yohendra Nadarajan a donc choisi d’utiliser un chef d’inculpation bien spécifique : "Dans ce dossier, nous portons plainte contre ce député en particulier pour ‘tromperie’, car ce député a fait sa campagne en assurant qu’il ne s’allierait jamais avec le gouvernement sortant dont il condamnait la corruption et tout ça lui a permis une victoire éclatante, donc ces votants aujourd’hui se sentent trahis."

Une telle plainte est totalement inédite en Malaisie et elle pose beaucoup de question comme : "Est ce que les plaignants devront prouver qu’ils ont voté pour ce député ? Quelle est la valeur juridique de promesses faites lors de meetings politiques ?...", soulève l’avocat. Un projet de loi pourrait interdire le changement de parti au Parlement. Ce serait une façon de garantir plus de stabilité mais aussi de confiance avant les prochaines élections qui auront lieu cette année ou l’année prochaine. Le projet de loi devait être discuté en avril au Parlement mais il a été repoussé. Il nécessiterait de modifier la Constitution qui garantit la liberté d’association et ne fait enfin pas l’unanimité parmi les parlementaires. Ce mois-ci, par exemple, un quotidien malaisien titrait : Une telle loi n’est pas nécessaire, assure un député "grenouille".

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