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En Ukraine, la promotion d'un officier des services secrets impliqué dans la répression de la place Maïdan ne passe pas

Le président Volodymyr Zelensky a nommé Oleksandr Kuksa à la tête d'une des directions des services secrets. Celui-ci a participé directement à la planification de la répression du mouvement de Maïdan, en 2014.

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Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, en décembre 2020.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, en décembre 2020. (ANADOLU AGENCY VIA AFP)

Le président Volodymyr Zelensky, qui a été élu président d'Ukraine en 2019 avec une étiquette réformiste, moderniste, a pris une décision controversée. Il vient de nommer comme chef de la Sécurité intérieure un haut-fonctionnaire qui a participé à la répression violente du mouvement de Maïdan, en février 2014, sous les ordres de l'ancien président pro-russe Viktor Ianoukovitch, et sans doute du Kremlin. Forcément, à Kiev, cette nomination interroge.

La présidence ukrainienne a voulu être très discrète sur cette délicate affaire. Le décret numéro 14 de l'année 2021 a ainsi été publié le 16 janvier dernier sur le site de la présidence en plein week-end, comme si l'on voulait qu'il passe inaperçu. Volodymyr Zelensky y désigne le nouveau chef du Département de la protection de l'Etat, une des principales directions des services secrets, le SBU : Oleksandr Kuksa, dont le CV a été repéré ces derniers jours par un groupe d'avocats des familles des victimes de la révolution de Maïdan.

"Les proches de victimes se font cracher au visage"

Il y a sept ans, à l'hiver 2014, Oleksandr Kuksa était le chef adjoint des services secrets pour la région de Kiev. Et à ce titre, il a participé directement à la planification de la répression du mouvement de Maïdan. Du 18 au 20 février 2014, une opération des forces spéciales appelée Boomerang avait provoqué en deux jours la mort d'environ 80 manifestants. La nouvelle promotion de Kuksa a particulièrement choqué Vitaly Tytych, un célèbre avocat qui défend depuis des années les familles des victimes de la révolution. "C'est vraiment une provocation. En fait, c'est une trahison de l'Etat envers les proches des victimes, pour qui il y avait déjà une blessure et qui, là, se font cracher au visage alors que leurs proches ont été tués. Oui, forcément, ils se posent des questions sur ces gens."

Cette nominatioon ne relève pas du hasard, c'est loin d'être un cas isolé. Par exemple, l'été dernier, Volodymyr Zelensky a nommé comme chef de cabinet adjoint chargé des questions de police un fonctionnaire appelé Oleg Tatarov, qui lui aussi travaillait dans les forces de l'ordre au ministère de l'Intérieur lors de la répression de Maïdan. Tatatrov s'est d'ailleurs fait rattraper par la patrouille puisqu'il est désormais accusé dans une grave affaire de pots de vin.

Ce que l'on voit aujourd'hui en Ukraine, c'est le retour au cœur de l'Etat de personnalités qui étaient des rouages du régime corrompu de Viktor Ianoukovitch. On les retrouve dans la police, dans le système judiciaire, mais aussi dans l'entourage du président. Alors, bien sûr, Volodymyr Zelensky n'a rien à voir avec l'autoritaire Viktor Ianoukovitch. Mais le jeune chef de l'Etat joue un jeu dangereux. Il avait été élu triomphalement en 2019 pour changer le pays radicalement. Mais depuis, sa cote de popularité a énormément baissé. Et désormais, à Kiev, beaucoup se demandent s'il n'est pas devenu un allié de circonstance des forces politiques proches du Kremlin. 

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, en décembre 2020.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky, en décembre 2020. (ANADOLU AGENCY VIA AFP)