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Kafka au Québec : des immigrants installés depuis des années attendent toujours leur statut de résident permanent

Sans le statut de résident, changer d’employeur, demander un prêt ou simplement voyager s’avère très compliqué au Québec.

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Vue aérienne du pont Jacques Cartier le 21 juin 2019 à Montréal.
Vue aérienne du pont Jacques Cartier le 21 juin 2019 à Montréal. (SEBASTIEN ST-JEAN / AFP)

Du 7 au 12 juin, le Québec organise des journées d’embauche en France pour recruter du personnel prêt à partir avec leur famille dans cette région francophone du Canada. Sauf que dans le même temps, 50 000 personnes venues s’y installer ces dernières années attendent toujours la régularisation de leur statut administratif. Un groupe de défense de ces immigrants, soutenu par les partis d’opposition, demande donc aux gouvernements québécois et canadien de s’entendre pour régler cette situation.

Une dispute administrative entre deux gouvernements

Le Québec choisit en effet ses immigrants chaque année, mais ces derniers obtiennent ensuite un statut de résident permanent auprès du gouvernement central canadien. Or, un conflit administratif entre les deux gouvernements retarde actuellement l’obtention de ce document. Pendant que les personnes installées au Québec patientent deux ou trois ans avant de l’avoir, dans le reste du Canada cela prend seulement six mois.

Or sans ce Sésame, changer d’employeur, demander un prêt ou simplement voyager s’avère très plus compliqué. Louise Mazoric, une jeune Française diplômée en architecture au Québec, l’a appris à ses dépens, elle qui vit depuis sept ans ici : "L’été dernier, je n’ai pas pu rentrer en France voir ma famille… J’aurais perdu mon statut si j’étais rentrée en France."

Les immigrants francophones fuient le Québec 

L'un des effets est le départ d’immigrants francophones vers les autres régions du Canada. Récemment, des infirmières françaises recrutées par le Québec ont annoncé qu’elles en avaient assez de leur situation administrative précaire et qu’elles partaient pour la province voisine de l’Ontario. Foroogh Abasian, qui a obtenu un doctorat d’ingénieure industrielle, y pense aussi. La jeune Iranienne, qui adore le français, attend anxieusement son statut de résidente permanente depuis presque trois ans. "Vous ne savez pas combien de fois par jour je me suis demandé pourquoi j’avais appris cette langue, soupire-t-elle. Ma vie aurait été plus simple ailleurs."

J'ai dit à mes amis qui veulent venir étudier ici : pas le Québec ! Toutes les provinces du Canada, mais pas le Québec.

Foroogh Abasian, Iranienne francophone installée au Québec

à franceinfo

Le gouvernement canadien s’engage à accélérer le processus d’obtention du statut de résident permanent, mais les organismes de défense des immigrants restent dubitatifs car le nombre de dossiers à traiter est énorme. Cette situation risque de nuire aussi aux entreprises québécoises qui doivent absolument recruter à l’étranger pour combler leurs besoins de main-d’œuvre.

Vue aérienne du pont Jacques Cartier le 21 juin 2019 à Montréal.
Vue aérienne du pont Jacques Cartier le 21 juin 2019 à Montréal. (SEBASTIEN ST-JEAN / AFP)