En Suisse, la peur de la guerre en Ukraine remet les abris antiatomiques à la mode

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Les abris antiatomiques sont obligatoires dans les constructions en Suisse depuis les années 1960. S'ils étaient jusqu'ici assez délaissés, la guerre en Ukraine et la potentielle perspective de l'usage de l'arme nucléaire conduit les Suisses à faire réviser ces dispositifs.

Article rédigé par
Jérémy Lanche - édité par Clémentine Vergnaud - franceinfo
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min.
La porte d'un abri antiatomique à Berlin, le 10 mai 2022.  (JOHN MACDOUGALL / AFP)

La guerre en Ukraine a ramené dans les conversations et dans l'actualité une menace qui semblait lointaine depuis plusieurs décennies : le risque d'une guerre nucléaire. En Suisse, on n’a pas attendu l'invasion russe pour donner du crédit à ce scénario catastrophe. Depuis les années 1960, les abris antiatomiques sont obligatoires dans toutes les nouvelles constructions. Il y en a aujourd’hui 365 000 dans le pays, ce qui est suffisant pour abriter toute la population en cas de bombardement.

Avec le déclenchement de la guerre en Ukraine, ces abris ont connu un regain d'intérêt. Le carnet de commandes de la société Abriprotect, spécialisée dans la construction et la rénovation d'abris souterrains, en témoigne. "Il y a beaucoup de panique qui s'est installée et les gens sont vraiment terrorisés", raconte Christian Sinigaglia, le directeur de l'entreprise. Son téléphone n’arrête pas de sonner depuis plusieurs semaines. À chaque fois, au bout du fil, des personnes inquiètes de savoir si leur abri est encore aux normes.

"Ils se disent 'mon Dieu, c'est la guerre, il faut que notre abri soit opérationnel. Où dois-je aller s'il se passe quoi que ce soit ?' La guerre a précipité les choses et les gens veulent que ce soit prêt rapidement."

Christian Sinigaglia, dirigeant d'Abriprotect

à franceinfo

Mais à quoi ressemblent ces abris ? franceinfo a pu en visiter un, sous une résidence à la frontière franco-suisse. Il faut imaginer trois grandes pièces en béton armé, capables d’accueillir 200 personnes et fermées par des portes blindées. Elles sont censées résister à un bombardement mais pas forcément à la rouille. "Ça commence à rouiller derrière les joints et à l'intérieur", décrit Christian Sinigaglia. "C'est bien de le faire maintenant car la rouillle est le cancer du métal. Il faut donc la stopper le plus vite possible pour éviter que ça dégénère."

Rénover ce type d'abri coûte cher, surtout si on ne l’a pas entretenu régulièrement : on parle ainsi de plusieurs milliers voire dizaines de milliers d’euros pour les plus grands. La guerre en Ukraine agi comme une piqûre de rappel pour les Suisses, qui étaient jusqu’ici plus habitués à utiliser leur abris antiatomiques comme... cave à vin.

En France, un marché à prendre

Mais les Suisses ne sont pas les seuls à s'intéresser aux abris antiatomiques. En effet, Abriprotect est souvent sollicitée à l’étranger pour construire des bunkers, comme en Espagne et au Moyen-Orient, entre autres. La France aussi commence à s’y mettre mais pas pour les mêmes raisons. "Nous avons un gros marché avec la France par rapport aux centrales nucléaires. Il s'est construit pas mal d'abris, surtout dans la vallée du Rhône." L'État de Genève estime lui-même que sa population est mise en danger par la centrale française du Bugey, considérée comme trop vétuste. Le canton suisse a d'ailleurs déposé un recours devant la justice française pour demander sa fermeture. 

Le sentiment d'insécurité pousse aussi certains Français à s'équiper. "C'est ce qu'on appelle aux États-Unis des 'panic room', qui peuvent être utilisées en cas de cambriolage ou agression, détaille Christian Sinigaglia. Les gens peuvent aussi utiliser cet abri comme coffre-fort pour y stocker les valeurs qu'ils laissent en résidence secondaire. Il y a un marché là-dessus."

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