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En Pologne, l'ambiguïté d'une mesure sur le charbon noircit le tableau de la pollution

La Pologne vient d’adopter un nouveau règlement interdisant la vente du charbon le plus mauvais, mais en laissant tout le reste sur le marché. Une mesure controversée à deux mois de la COP24 organisée dans le pays. 

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La capitale polonaise, Varsovie, recouverte d\'une épaisse couche de smog notamment due à la pollution le 9 janvier 2017. 
La capitale polonaise, Varsovie, recouverte d'une épaisse couche de smog notamment due à la pollution le 9 janvier 2017.  (JANEK SKARZYNSKI / AFP)

En Pologne, une nouvelle réglementation fait polémique, alors que le pays accueillera en décembre la COP24, la prochaine conférence internationale sur le climat. Une mesure a été prise pour interdire le charbon le plus polluant mais en laissant en vente tous les autres produits. 

La lutte contre le smog polonais 

Les associations environnementales accusent l’auteur du texte, le ministre de l’Énergie, de sacrifier les poumons des Polonais afin de sauver l’industrie minière du pays. Certes, le règlement interdit la vente des déchets de charbon les plus polluants, mais les Polonais peuvent toujours acheter des mélanges et des poussières de charbon, moins riches en dioxyde de carbone mais contenant beaucoup de soufre. En fait, l’ordonnance a pour but de lutter contre le smog, ce nuage de pollution qui envahit les villes polonaises durant l’hiver. Ce nuage est alimenté notamment par les cheminées des habitants, car près de 40 % d’entre eux, surtout les plus pauvres, se chauffent en brûlant du charbon. Cette méthode a un seul avantage : son prix très faible, mais ce système rejette des quantités astronomiques de CO2 dans l’atmosphère. Le ministre de l’Énergie veut donc diminuer les rejets de CO2, mais en même temps, il renforce les émanations de soufre. La nouvelle réglementation ne fait donc que déplacer le problème.  

Les arguments du gouvernement

Le ministre de l'Énergie polonais parle d’un compromis entre le programme "Air pur" lancé par le gouvernement et le secteur minier du pays. Les enjeux économiques sont énormes. Les mines polonaises emploient aujourd’hui près de 100 000 personnes, pour une population d’un peu moins de 40 millions d’habitants. En n’interdisant qu’une petite partie de la vente de charbon, le gouvernement veut donc préserver les emplois de l’industrie minière polonaise. Le syndicat Solidarnosc du secteur s’est d’ailleurs félicité de la nouvelle réglementation. Mais sur la lutte contre la pollution de l’air, pas grand-chose. Il faut savoir que 90 % de l’électricité du pays est tirée... du charbon. Et la tendance ne va pas vraiment à la baisse. Il y a quelques jours, l’État a donné son feu vert à la construction d’une nouvelle centrale au nord de Varsovie.

Une mortalité remarquée par les instances européennes

Selon l’Agence européenne de l’environnement, près de 50 000 Polonais meurent chaque année en raison de la pollution de l’air. Et les deux tiers des villes les plus polluées de l’Union européenne se trouvent en Pologne. Le pays a d’ailleurs déjà été condamné par la Cour de justice européenne pour sa mauvaise qualité de l’air. À moins de deux mois de la COP24, organisée à Katowice, dans la région la plus touchée par le smog, on voit mal comment le pays d’accueil pourra défendre sa nouvelle réglementation.

La capitale polonaise, Varsovie, recouverte d\'une épaisse couche de smog notamment due à la pollution le 9 janvier 2017. 
La capitale polonaise, Varsovie, recouverte d'une épaisse couche de smog notamment due à la pollution le 9 janvier 2017.  (JANEK SKARZYNSKI / AFP)