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En Islande, la chasse au rorqual va reprendre, au grand dam des associations de protection des cétacés

Après deux ans d’interruption, la très controversée chasse au rorqual commun va reprendre en Islande, le 10 juin, malgré la colère des défenseurs des animaux marins.    

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Un rorqual commun, dans l\'Antarctique en octobre 2012. 
Un rorqual commun, dans l'Antarctique en octobre 2012.  (MAXPPP)

Après deux ans d’interruption, la chasse au rorqual va reprendre cet été en Islande. Des contraintes commerciales trop lourdes avec le Japon, principal client sur ce marché, avaient obligé l’unique entreprise islandaise spécialisée à remiser ses harpons. Elle va les ressortir le 10 juin prochain, malgré la protestation des associations de protection des mammifères marins. 

Des raisons commerciales et médicales avancées

Depuis 2016, le rorqual commun, une espèce en danger, n’était plus harponné dans les eaux islandaises, contrairement à la baleine de Minke, plus petite et non menacée. La seule société islandaise spécialisée dans la chasse de ce type de cétacés, Hvalur, se heurtait alors à des difficultés d'exportation au Japon, son plus gros marché. La diminution de la consommation locale y était pour quelque chose, mais surtout l’introduction de réglementations restrictives. Cette bureaucratie nippone s’est désormais assouplie, selon Kristján Loftsson, PDG de l’entreprise islandaise. Ses bateaux reprendront donc la mer dès le 10 juin, date de l'ouverture de la chasse. L'objectif est d'approvisionner le marché alimentaire, mais aussi de travailler au développement de produits médicaux à base de la viande du mammifère. Il s'agit là de lutter contre les carences nutritionnelles en fer qui concernent près de deux milliards de personnes, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Les quotas autorisent jusqu’à 161 prises cette année contre 150 en 2017. Lors de ses dernières sorties à l’été 2015, la société avait harponné 155 mammifères. C'était un record. 

Le courroux des associations de défense 

Les associations de défense des mammifères marins réagissent vivement. Sigursteinn Másson, responsable de l'antenne islandaise du Fonds international pour la protection des animaux a fait part de son immense déception. Il évoque une décision "non motivée par de réelles nécessités du marché et qui n'est pas en accord avec les sondages d'opinion sur cette activité" qui n'a pas sa place, dit-il, "dans les temps modernes". Il ajoute que la reprise de cette pratique est "nuisible à la réputation de l’Islande à l’étranger". D'ailleurs, les Islandais soutiennent de moins en moins la chasse au rorqual commun. Un sondage publié en octobre 2017 par l’ONG indiquait qu’un peu plus de 35% des habitants y étaient favorables contre 42% en 2016.

La chasse au rorqual reste controversée  

D’une manière générale, l’activité de chasse à la baleine, quelle que soit l’espèce,  n’a pas véritablement bonne presse auprès de l’opinion publique. Et les critiques s'accentuent quand il s'agit de rorqual commun, deuxième plus grand mammifère de la planète après la baleine bleue, car ce cétacé est une espèce classée en danger depuis 1996, d'après l'Union internationale pour la conservation de la nature. Sa population dans l'Atlantique nord est difficile à estimer aujourd'hui. Les derniers comptages remontant au début des années 2000 évoquaient une population totale approximative de 53 000 animaux marins. Mais surtout, la chasse commerciale à la baleine est techniquement interdite depuis 1986 et le moratoire de la Commission baleinière internationale. Toutefois, l’Islande s’y était opposée et avait repris la chasse en 2006.  

Un rorqual commun, dans l\'Antarctique en octobre 2012. 
Un rorqual commun, dans l'Antarctique en octobre 2012.  (MAXPPP)