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En Irak, la paix revient mais la consommation de drogues dures explose

La consommation et le trafic de drogues dures est en très forte augmentation dans le pays, notamment dans la zone proche de l'Iran.

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Dans les rues de Bagdad, en janvier 2018.
Dans les rues de Bagdad, en janvier 2018. (SABAH ARAR / AFP)

L'Irak se relève doucement de près de 15 ans de violence, dont quatre années à combattre Daesh, et deux ans après la victoire annoncée contre le groupuscule terroriste dans le pays, la population souffle un peu. Mais elle connaît aussi de nouveaux problèmes dans cette période d'après-guerre, notamment des problèmes de trafic et de consommation de drogues.

Les spécialistes irakiens alertent sur ce nouveau problème de santé publique dans le pays. Cela fait deux ans maintenant qu'ils constatent que la consommation et le trafic explosent partout en Irak, en particulier dans la région sud de Bassora, proche de l'Iran, où passe une grande partie des stupéfiants.

Et à Bagdad, on trouve des drogues dures pour des prix de moins en moins élevés, notamment de la méthamphétamine, plus connue dans le pays sous le nom de "crystal". Elle est considérée comme l'une des drogues les plus dangereuses au monde et elle est de plus en plus consommée par les jeunes Irakiens qui tombent dans l'addiction.

Une population traumatisée

Pour expliquer ce problème de drogue, les médecins et psychiatres soulignent qu'une partie de la population est traumatisée. Tous ces jeunes - car ce sont en grande majorité des jeunes - ont grandi dans des années de violence. Ils ont vécu la guerre, parfois des attentats, parfois l'occupation de Daesh. Et tous ces événements traumatisants, en plus d'un chômage endémique et de conditions de vie difficiles en Irak les ont poussés à consommer de la drogue, en pensant y trouver une échappatoire.

Ali, 19 ans, actuellement pris en charge à l'hôpital Ibn Rushd de Bagdad et a commencé à prendre des drogues il y a trois ans, lorsqu'il a perdu son frère dans un accident. Pour oublier d'abord, pour se divertir ensuite. "Il n'y a pas d'espace de loisirs en Irak, la plupart des jeunes étouffent !"

Quand je prenais ces drogues, au moins je me sentais dans une autre vie.

Ali

à franceinfo

Le gouvernement met en place des plans stratégiques pour contrer le trafic. Une grande mesure par exemple : depuis un an, il y a désormais dix unités antidrogue dans la capitale, contre une seule précédemment. C'est une grande avancée mais les officiers disent tous manquer encore cruellement de moyens.

Même constat du côté des services de soins : des centres de rééducation devraient bientôt voir le jour mais on ne sait pas vraiment quand et en attendant, à Bagdad, il n'y a qu'une seule unité publique spécialisée dans le traitement des addictions, celle de l'hôpital Ibn Rushd. Un manque de moyens dans tous les secteurs donc, dans cet Irak d'après-guerre où une grande partie du territoire est encore à reconstruire. Beaucoup parlent de la lutte antidrogue comme d'un baroud d'honneur.

Dans les rues de Bagdad, en janvier 2018.
Dans les rues de Bagdad, en janvier 2018. (SABAH ARAR / AFP)