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En Inde, un temple dédié au dieu Ram bientôt construit sur le site d'une ancienne mosquée

Le 5 août dernier, le Premier ministre indien Narendra Modi a présidé la cérémonie religieuse pour le début du chantier du temple Ram dans la ville d'Ayodhya, à l'endroit même où des hindouistes avaient illégalement détruit une ancienne mosquée. 

Le Premier ministre indien Narendra Modi lors de la cérémonie religieuse à Ayodhya le 5 août 2020. 
Le Premier ministre indien Narendra Modi lors de la cérémonie religieuse à Ayodhya le 5 août 2020.  (AFP PHOTO / Indian Press Information Bureau (PIB))

Religion et politique sont de plus en plus mêlés en Inde, et un événement vient de le rappeler : le 5 août dernier, le Premier ministre est venu présider la cérémonie religieuse organisée pour le début du chantier du temple Ram, dans la ville d’Ayodhya, au nord du pays. Ce temple s’élèvera sur le lieu le plus contesté de l’histoire moderne indienne, là où des hindouistes ont détruit illégalement une ancienne mosquée.

2 000 personnes tuées, principalement des musulmans

Cette construction s'apparente à une victoire politique pour les hindouistes, puisqu'elle était l’une des principales promesses du parti nationaliste hindou du BJP depuis 30 ans et du Premier ministre Narendra Modi au pouvoir aujourd’hui. Pour les hindous orthodoxes, ce site d’Ayodhya est très important puisqu'ils le considèrent comme le lieu de naissance du dieu Ram. Depuis 50 ans, ils réclament que soit érigé ici un temple de Ram, en lieu et place de la mosquée construite par les Moghols au XVIe siècle.

Cette clameur a été instrumentalisée et en 1992, lorsque des milliers d’hindouistes ont envahi le site et détruit la mosquée d’Ayodhya. Un acte criminel qui a entraîné des émeutes religieuses, qui ont coûté la vie à plus de 2 000 personnes, principalement des musulmans. C’est l’un des épisodes les plus violentes et traumatisants de l’histoire indienne récente, et qui a profondément divisé les communautés. 

Un site considéré comme "La Mecque" des hindous

L'année dernière, la justice a pourtant donné raison aux hindous. La cour suprême a dû trancher dans ce dossier compliqué et explosif et elle a rendu une décision étonnante, voire contradictoire : d’un côté, elle reconnaît que la destruction de la mosquée est un acte criminel, mais elle a tout de même offert le site d’Ayohdya à la partie hindoue incriminée, pour y construire un temple. Alors que les musulmans recevront une autre terrain proche de là, pour y bâtir une nouvelle mosquée. 

Narendra Modi était donc le 5 août dernier l’invité d’honneur de la cérémonie religieuse. Tout habillé de safran, la couleur de l’hindouisme, il a réalisé l’essentiel des offrandes. C’était la première fois qu’un Premier ministre venait de manière officielle prier sur ce site considéré par beaucoup comme "La Mecque" des hindous. Ce qui envoie un message clair : le temple de Ram est aujourd’hui un temple de la république. "Cette cérémonie oblitère toute séparation entre la religion et l’Etat", analyse Nilanjan Mukhopadhyay, auteur spécialiste du nationalisme hindou.

Le dieu Ram n’est plus un dieu, mais il est converti en symbole du nationalisme indien. Et tous les Indiens qui appartiennent aux minorités religieuses ou qui sont opposés à cette vision n’auront plus voix au chapitre.

Nilanjan Mukhopadhyay

à franceinfo

Le gouvernement assure que le gigantesque temple sera terminé dans environ trois ans, soit juste avant les prochaines élections parlementaires. 

Le Premier ministre indien Narendra Modi lors de la cérémonie religieuse à Ayodhya le 5 août 2020. 
Le Premier ministre indien Narendra Modi lors de la cérémonie religieuse à Ayodhya le 5 août 2020.  (AFP PHOTO / Indian Press Information Bureau (PIB))