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En Inde, un recensement controversé pourrait rendre des millions d'habitants apatrides

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Les habitants d'une région frontalière avec le Bangladesh doivent prouver qu'ils sont Indiens depuis plus de 47 ans, ce qui est souvent très difficile, faute de documents administratifs adéquats.

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Radio France
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Des passagers montent dans un bus, le 31 juillet 2015 à New Delhi. (PRAKASH SINGH / AFP)

Depuis trois ans, une région d'Inde a lancé un recensement exceptionnel et controversé. Les 33 millions d’habitants de l’État de l’Assam, situé à la frontière avec le Bangladesh, doivent prouver qu’ils ont acquis la nationalité indienne depuis plus de 47 ans. Faute de quoi ils seront déchus de leur nationalité. Selon les premiers résultats publiés, quatre millions de personnes sont concernés et pourraient devenir apatrides.

L’Assam compte en effet une longue et poreuse frontière avec le Bangladesh et les autorités affirment qu’un grand nombre d’immigrés clandestins ont traversé cette frontière depuis un demi-siècle pour s’installer en Inde. Les nationalistes régionaux prétendent que des millions de personnes ont même réussi à obtenir illégalement la nationalité indienne. C’est pour y voir plus clair qu’a été lancé ce recensement monumental : chaque résidant en Assam doit prouver qu’il est Indien depuis plus de 47 ans, soit depuis le jour de la naissance du Bangladesh voisin.

Un recensement difficile, voire impossible

L'exercice est laborieux, car la majorité de la population de l’Assam vit à la campagne, dans des conditions très simples. Les naissances se font à la maison, donc les habitants n’ont pas de certificat de naissance. Extrêmement difficile dans ces conditions de prouver ses liens de parenté sur près de 50 ans. "Ceci est ma carte d’admission aux examens de fin du secondaire. C’est ce document qui m’a permis d’être reconnu comme Indien", explique par exemple Imdadul Islam, un jeune homme de la campagne des alentours de Barpeta, situé à 100 km de la capitale. Les autorités ont validé sa citoyenneté, mais ont refusé de reconnaître sa mère et ses sœurs. "Sur ce document est écrit le nom de mon père. Mais nous n’avons pas pu prouver cette relation de parenté pour mes deux sœurs et ma mère, car elles ne sont pas allées à l’école et n’ont pas de pièce d’identité."

Ni indien... ni bangladais

Quatre millions de personnes sont pour l’instant menacées d’être déchues de leur nationalité. Pour des centaines de milliers de cas, le refus serait causé par des erreurs administratives. Les spécialistes estiment qu’il y a très peu de Bangladais qui auraient réussi à obtenir la nationalité indienne depuis 50 ans. La principale crainte des nationalistes est en fait la croissance rapide de la population musulmane dans la région, qui est réelle. Mais cela serait principalement dû à un taux de natalité particulièrement élevé de ces musulmans indiens pauvres et sans accès à la contraception.

Cela a entraîné cette chasse aux immigrés bangladais, qui pourrait se terminer par un drame humain : des centaines de milliers de personnes, principalement des musulmans, pourraient être déchues de leur nationalité par manque de papiers, mais ne seraient pas reconnues par le Bangladesh. Elles deviendraient alors apatrides et continueraient à vivre en Inde, mais sans aucun droit.

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