En Grèce, une partie des habitants refusent la multiplication des bases militaires américaines

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Le gouvernement conservateur d'Athènes accueille de plus en plus de bases militaires américaines sur son sol. Les habitants, marqués par la dictature et convaincus que l'Otan a une responsabilité dans la guerre en Ukraine, se mobilise.

Article rédigé par
Angélique Kourounis - édité par Clémentine Vergnaud - franceinfo
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min.
Des militaires américains se tiennent devant un hélicoptère stationné sur le port d'Alexandroupolis (Grèce), le 3 décembre 2021. (SAKIS MITROLIDIS / AFP)

Avec l'arrivée au pouvoir des conservateurs en Grèce, les bases militaires américaines se multiplient dans le pays en juin 2022, tout comme les manifestations qui s'y opposent. Une grande partie des Grecs sont en effet hostiles vis-à-vis de ces installations, dont la plupart ont été chassées du pays dans les années 1980.

Il y a deux raisons à cela. La première est historique : les Grecs n'oublient pas que Washington a mis en place en 1967 la dictature des colonels, qui a duré sept ans. À chaque commémoration de l'insurrection des étudiants, qui a sonné le glas de cette dictature, d'énormes manifestations se terminent devant l'ambassade des États-Unis, huée par des milliers de manifestants.

La seconde est qu'une grande majorité des Grecs estiment que l'Otan est en partie responsable de la guerre en Ukraine. Ils ne veulent donc pas que le sol grec serve, via les Américains, de base arrière des forces de l'Otan. "Ici, nous portons un plus grand poids que le reste du pays car ils veulent faire de la ville le quartier général de cette guerre. Le gouvernement a même déjà envoyé des troupes et du matériel en Bulgarie ! On ne peut pas l'accepter", explique Yiannis Chionis lors d'une manifestation à Alexandroupolis, une ville près de la frontières greco-turco-bulgare où une nouvelle base américaine s'est construite prés du port très stratégique.

"On ne veut pas être impliqués dans cette guerre, non seulement à cause de la peur que nous avons - car on redoute des représailles - mais surtout parce que plus le pays s'implique, plus la ville s'implique, et plus les peuples des deux pays seront les premiers à payer les pots cassés de cette guerre."

Yiannis Chionis, manifestant à Alexandroupolis

à franceinfo

Cette opposition d'une partie des Grecs se traduit de différentes manières. Des employés de TrainOSE - la SNCF grecque - ont par exemple refusé d'assurer la maintenance de trains transportant du matériel militaire, quand d'autres ont bloqué leur chargement et déchargement dans le port d'Alexandroupolis. "La ville toute entière est utilisée comme une base arrière de l'Otan et relais de toutes les autres bases du pays", s'agace Petros Panagiolas, vice-président du syndicat des cheminots à Alexandroupolis. Comme toute la population de la région, il craint des représailles. "Elle est donc bien quartier général de cette guerre ? Elle peut être visée ? Le port de la ville, les bases, les trains qui servent aux transports militaires aussi ? C'est autant de cibles potentielles." 

Les Grecs ne redoutent pas uniquement d'éventuelles représailles russes mais aussi turques. Ankara a dénoncé l’existence de cette base qu'elle estime menaçante pour sa sécurité. Fin mai, des avions turcs l'ont survolée en violant l'espace aérien grec.

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