En Espagne, le chewing-gum ne se mâche plus comme avant

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Les ventes de chewing-gums ont chuté de 45% en Espagne. La faute au Covid mais pas que. Certains experts se demandent si cet effondrement ne sonne pas le glas de l’image d’une jeunesse rebelle au profit d’une jeunesse plus écoresponsable.

Article rédigé par
Marie-Hélène Ballestero, édité par Ariane Schwab - franceinfo
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min.
Un vieux chewing-gum abandonné sur un trottoir (illustration). (CAROLINE SEIDEL / DPA)

En Espagne, le chewing-gum est devenu une victime collatérale du Covid-19. Les ventes ont chuté de 45 % en 2020. Et plusieurs raisons sont pointées du doigt pour expliquer cet abandon. D’abord, le contexte pandémique. Mâcher du chewing-gum est en effet une pratique essentiellement liée à la vie sociale et avec le confinement, les Espagnols en ont consommé beaucoup moins. "Je consomme moins de chewing-gum depuis le Covid, confirme Alba, une jeune étudiante madrilène. Sûrement parce que je sors moins ou à cause du port du masque."

Ce n’est vraiment pas pratique de mâcher du chewing-gum avec un masque!

Alba, étudiante à Madrid 

à franceinfo

Moins de sorties, un port du masque qui s’avère assez incompatible avec la mastication de la gomme à mâcher, mais aussi le télétravail qui a profondément modifié les habitudes... "On bouge moins qu’avant et donc forcément on achète moins de chewing-gums. En plus, avant, j’emmenais des chewing-gums au bureau. Maintenant, comme je suis en télétravail, j’en consomme moins", témoigne Daniel, un informaticien jadis accro au chewing-gum et qui n’en consomme quasiment plus.

La façon de faire les courses a aussi changé pendant la pandémie. Fini pendant des mois les chewing-gums achetés traditionnellement dans les petits commerces de quartier, dont beaucoup ont mis depuis la clé sous la porte, ou chez les kiosquiers du coin. Avec la pandémie, beaucoup d’Espagnols ont fait leurs courses à la va-vite dans les grandes surfaces ou tout simplement en ligne et, bien évidemment, les chewing-gums ne faisaient pas partie des produits prioritaires et ils ne pensaient même pas à les acheter.  

Un produit souvent issu de la pétrochimie

Mais au-delà de ces causes conjoncturelles liées au Covid, des spécialistes en marketing ou des sociologues se demandent si la perte de vitesse du chewing-gum ne cache pas un changement social plus profond. Certains rappellent que les chewing-gums ont été pendant longtemps le symbole d’une certaine jeunesse rebelle. D’ailleurs, c’est l’image qui était projetée au cinéma ou dans les séries télé. Au contraire, de nos jours on voit rarement à l’écran des personnages mâcher du chewing-gum, ce qui voudrait dire que ce n’est plus un modèle à suivre et, par conséquent, les jeunes pourraient ne plus s’en inspirer. D’où en partie la baisse des ventes de ce produit. Loin de l’image rebelle, le chewing-gum serait désormais pour certains, un produit qui n’est pas très bon pour la santé et pas très écoresponsable, surtout les synthétiques issus de la pétrochimie.  

Les fabricants se veulent malgré tout confiants. "Il faut rester prudent, estime de son côté Rafael Serrano, sociologue et directeur de l’Institut des études sociales avancées du CSIC [Conseil supérieur de la recherche scientifique, principal organisme public de recherche en Espagne]. On ne sait pas encore si la période du chewing-gum est révolue ou s’il s’agit d’un changement social qui va se prolonger. Cependant, c’est vrai que c’est un phénomène que l’on observe au niveau mondial. Et cela semble logique car les modèles de consommation changent très vite. C’est un produit qui est présent sur le marché depuis très longtemps et c’est probable qu’il requiert de nouveaux changements. C’est possible aussi qu’il y ait d’autres produits concurrents qui soient plus tendance actuellement. Seul l’avenir dira si le chewing-gum, "el chicle" comme on l’appelle en Espagne, va définitivement passer de mode.

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