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En direct du monde. En Inde, un film avec un acteur pakistanais fait controverse

C'est l'un des films les plus attendus en Inde, le blockbuster de cette période de la fête des lumières.  " Ce cœur est difficile " doit sortir vendredi 28 octobre dans le pays, mais l'un des acteurs est pakistanais. Un groupe ultra-nationaliste de Bombay a menacé de saccager les salles de cinéma qui le diffuseraient. 

Cinéma drive-in à Chennai en Inde en janvier 2000 pendant une séance.
Cinéma drive-in à Chennai en Inde en janvier 2000 pendant une séance. (JONATHAN TORGOVNIK / HULTON ARCHIVE)

La  sortie vendredi 28 octobre du film " Ce coeur difficile " est compromise en Inde. Ce film montre à l'écran un acteur pakistanais. Les deux pays sont au bord de la guerre et un groupe ultra-nationaliste de Bombay a menacé de saccager les salles de cinéma qui le diffuseraient. Une controverse a paralysé une partie de l'industrie du cinéma et obligé le gouvernement de s'en mêler. Pour expliquer le contexte, à la mi-septembre a eu lieu la pire attaque des dernières années contre une base militaire indienne, qui a couté la vie à 19 soldats. Un assaut qui a été organisé, selon New Delhi, par des terroristes Pakistanais. Depuis, l'armée indienne a répliqué, les deux pays sont sur le pied de guerre et les nationalistes ont appelé au boycott de tout ce qui est pakistanais. Ce petit parti ultra-nationaliste, le MNS, qui détient 10% des sièges au conseil municipal de Bombay, a ainsi menacé de saccager toute salle de cinéma qui montrerait ce film, sous prétexte qu'il compte un acteur pakistanais. Une menace prise au sérieux car ce groupe a déjà réalisé de tels actes de vandalisme dans le passé.

Bollywood et le gouvernement régional ont cherché à apaiser la colère

Ce parti a beau être marginal au niveau national, il jouit d'une grande capacité de nuisance à Bombay, et les producteurs de Bollywood ne peuvent donc pas l'affronter de peur qu'il paralyse leur activité dans le futur. Le réalisateur du film incriminé a donc dû jurer, dans une vidéo face caméra, tel un otage demandant sa libération, qu'il n'emploierait plus d'acteurs ou de techniciens pakistanais. Et a supplié en échange pour que ce film à gros budget puisse être diffusé.  Le gouvernement régional, lui, au lieu d'essayer de protéger la libre diffusion de ce film, a réuni les producteurs et chefs du parti nationaliste pour trouver un compromis.  Ce parti extrêmiste vient d'abord d'obtenir la diffusion, avant chaque projection de ce film, d'un message en l'honneur des militaires tués lors de l'attaque de septembre, et surtout, que ses producteurs versent l'équivalent de 680 000 euros au fonds pour les vétérans de l'armée. En échange de quoi ses partisans ne sacageront pas les cinémas. 

Quelle est la réaction à cet accord ? 

Le ministre de la Défense a fustigé cette démarche de donation forcée, que des vétérans ont même qualifié d'extorsion. Certains élus s'indignent que le gouvernement, préoccupé par les élections municipales de Bombay en février, ait approuvé cet accord et tolère le harcèlement d'un acteur pakistanais qui n'a rien à voir avec ces attaques terroristes. Mais ce n'est pas la fin des problèmes pour ce film : dans un zèle de patriotisme, l'une des association de propriétaires de cinémas a annoncé que ses membres refuseront de le distribuer. 

Cinéma drive-in à Chennai en Inde en janvier 2000 pendant une séance.
Cinéma drive-in à Chennai en Inde en janvier 2000 pendant une séance. (JONATHAN TORGOVNIK / HULTON ARCHIVE)