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En direct du monde. En Hongrie, un club d'"entendeurs de voix" pour soigner les schizophrènes

Grâce à une association, à Budapest, en Hongrie, les malades schizophrènes peuvent participer à un club des "entendeurs de voix" pour apprivoiser leur trouble mental.

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L\'Institut psychiatrique de Lipótmező à Budapest (Hongrie).
L'Institut psychiatrique de Lipótmező à Budapest (Hongrie). (BY TEXANER [CC BY-SA 3.0] VIA WIKIMEDIA COMMONS)

À Budapest, la capitale hongroise, un centre de soins associatif utilise une méthode originale pour soigner les malades schizophrènes. Les patients ne sont pas appelés des "schizophrènes" mais des "entendeurs de voix", moins stigmatisant que le mot schizophrène. Imaginez une vieille maison dans un quartier populaire de Budapest, avec une cour intérieure planté de grands arbres et décorée des tableaux peints par les patients. C’est là que travaille l’association l’Éveil, qui accueille des personnes souffrant de différents troubles mentaux, notamment les schizophrènes, qui sont habités par plusieurs personnalités. La particularité de cette méthode, – qui a été découverte par des médecins néerlandais et introduite en Hongrie par cette association – est que les patients forment un club : le club des "entendeurs de voix".

Ni médecins, ni psychiatres

Ils se retrouvent régulièrement, trois ou quatre fois par mois. Dans ce club, pas de médecin ni de psychiatre. Les malades sont entre eux et parlent librement des voix qu’ils entendent ou de leurs hallucinations. C’est un peu le même principe que les  "Alcooliques anonymes" où les participants échangent leurs expériences et où ceux qui viennent depuis longtemps servent de guide aux autres. Ils leur expliquent les principes de la méthode. Chacun essaie d’abord de relier l’apparition des voix à un traumatisme survenu dans sa vie. On apprend à dialoguer avec les voix qu’on entend. Pour ne plus en avoir peur. Un patient racontait qu’il avait appris à questionner gentiment la voix qui le harcelait. En demandant par exemple à la voix de revenir plus tard. Il s’agit d’apprivoiser et petit à petit de contrôler ces voix.

Certains n'entendent plus du tout de voix

Le but est de réduire la prise de médicaments. Mais selon la psychiatre de l’association (Judit Harangozo), le fait que les patients se prennent en charge eux même, c’est un grand pas vers la guérison. Car ces malades finissent par former une communauté, ils ne sont plus seuls, cela leur donne de la force et de l’énergie. Cette psychiatre raconte que l’un de ses patients ne lui avait jamais confié certaines choses. Une fois qu’il s’est retrouvé dans le groupe, il s’est senti en confiance et il s’est mis à parler. En général, il est rare que les schizophrènes recouvrent complètement la santé. Or depuis que l’association a mis en place ce traitement il y a six ans, deux patients ont guéri, ils n’entendent plus du tout de voix. Et d’autres ont vu leur état s’améliorer.

L’association pratique la "psychiatrie communautaire"

Les malades ne sont pas hospitalisés, ils viennent uniquement pendant la journée et sont accueillis par une équipe multidisciplinaire : travailleurs sociaux, infirmières, psychologues, psychiatres. Les familles du malade sont les bienvenues dans ce centre, qui essaie de prendre en compte l’environnement affectif et social du patient. En Europe, la tendance est à la fermeture des hôpitaux psychiatriques et à la création de petites structures de soins à échelle humaine. Une reconversion réussie dans certains pays comme l’Italie, qui a fermé ses hôpitaux psy il y a 40 ans.

En Europe centrale – c’est l’héritage de la période communiste – de tels hôpitaux existent encore. Mais l’Union européenne donne des fonds aux gouvernements qui souhaitent réformer les soins psychiatriques et en Hongrie et en République tchèque, les autorités ont mis en place un plan de désinstitutionnalisation. L’association L’éveil est un précurseur : cette petite association n’a pas attendu l’Union européenne pour pratiquer la "psychiatrie communautaire" qu’elle a mise en place... il y a 27 ans ! Elle est financée à 90% par l’État hongrois.

L\'Institut psychiatrique de Lipótmező à Budapest (Hongrie).
L'Institut psychiatrique de Lipótmező à Budapest (Hongrie). (BY TEXANER [CC BY-SA 3.0] VIA WIKIMEDIA COMMONS)