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En Corée du Sud, les soirées où les employés se saoulent avec leur patron sont de moins en moins fréquentes

Voir des hommes en costume dans les bars tard le soir était habituel en Corée du Sud il y a quelques années. C'est désormais de moins en moins le cas, notamment parce que le gouvernement a légiféré pour des questions de santé et de discriminations. 

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Des Sud-Coréens dans une rue de Séoul. 
Des Sud-Coréens dans une rue de Séoul.  (ED JONES / AFP)

Le foie des salariés sud-coréens se porte mieux ! Dans le monde très hiérarchisé de l’entreprise en Corée, les employés étaient régulièrement incités par leurs supérieurs hiérarchiques à sortir boire jusque tard dans la nuit. Cependant, ces saouleries institutionnalisées sont en voie de disparition. 

Boire beaucoup pouvait être un critère de recrutement 

C’est ce que les Sud-Coréens appellent "huesik" : sur l’injonction du patron, tout un bureau sort le soir pour boire, ou plutôt pour se saouler ensemble. Le but officiel est de tisser des liens et de renforcer la cohésion de l’équipe. C'est ainsi que des salariés en costume, ivres morts, ont longtemps fait partie du paysage nocturne coréen. Et il n’était pas rare, en entretien d’embauche, de demander à un candidat sa capacité d’absorption d’alcool. 

Cette culture du "huesik" pose d'énormes problèmes de santé et de discrimination envers les femmes, qui sont moins susceptibles de boire avec le patron. De fait, elles sont donc souvent exclues de ces réseaux informels d'échanges d'informations et de promotions. "Il y a cinq ou six ans, je me suis souvent sentie forcée d'aller boire avec mes supérieurs", raconte cette femme, cadre d'une entreprise à Séoul. 

Si un membre de l'équipe refusait, il était ensuite marqué au fer rouge par son patron. Et il avait peur d'être mal noté dans le futur.

Une cadre coréenne

à franceinfo

La culture du "huesik" a changé depuis quelques années note la jeune femme. "Maintenant, c'est très différent. C'est devenu presque impossible, ou c'est au moins condamnable, pour les patrons d'agir ainsi". 

Des lois encadrent ces soirées alcoolisées 

Pour faire changer les choses, le gouvernement a mis en place des lois, par exemple contre le harcèlement au travail. Des entreprises ont aussi agi : Samsung a été l'une des premières à instaurer des règles, comme celle dite du "1-1-9" : un seul alcool, un seul bar et retour à la maison à neuf heures.

Et surtout, les mentalités changent. "La raison majeure est, à mon avis, le changement de génération, explique la jeune femme. La génération de mes supérieurs est finie. Les jeunes employés veulent un meilleur équilibre entre vie privée et vie professionnelle et maintenant les cadres comme moi, nous n'aimons pas vraiment le 'huesik'."

Cependant, dans certains secteurs, comme celui de la vente, la culture de la boisson reste encore très forte : c’est encore souvent autour de nombreuses bouteilles de soju, l’alcool traditionnel coréen, que les contrats sont signés.

Des Sud-Coréens dans une rue de Séoul. 
Des Sud-Coréens dans une rue de Séoul.  (ED JONES / AFP)