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En Corée du Sud, le long combat des objecteurs de conscience pour éviter le service militaire

Un service militaire alternatif est créé pour les objecteurs de conscience qui, jusque-là, risquaient la prison. Parmi ces jeunes Sud-Coréens, beaucoup de Témoins de Jéhovah qui, pour des raisons religieuses, refusent les armes.

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Des conscrits se présentent à la caserne de Nonsan, en Corée du Sud, le 19 octobre 2020.
Des conscrits se présentent à la caserne de Nonsan, en Corée du Sud, le 19 octobre 2020. (JUNG YEON-JE / AFP)

Seong-guk Kim, 28 ans, nous accueille dans son appartement familial situé dans un quartier résidentiel de Séoul. Le jeune homme se bat depuis 2013 pour ne pas effectuer son service militaire, obligatoire pour tous les Sud-Coréens valides qui doivent servir durant 18 mois avant l'âge de 30 ans, sous peine de prison. "Depuis tout petit, je vois des membres de ma famille aller en prison, et ça m’a choqué. Je suis un serviteur de Jéhovah, et la raison pour laquelle je ne peux pas faire le service militaire se trouve dans la bible."

Selon leur interprétation de l’évangile, il est interdit aux Témoins de Jéhovah de porter une arme. Depuis 1950, 20 000 Témoins de Jéhovah se sont retrouvés derrière les barreaux en Corée du Sud pour avoir refusé le service militaire. Lundi prochain, Seong-guk partira lui aussi pour une prison, mais en tant qu’administrateur pénitentiaire. Les règles s'assouplissent en effet pour les 650 000 jeunes hommes qui entrent chaque année dans les rangs de l’armée. Et surtout pour les objecteurs de conscience, pour lesquels est mis en place un service militaire alternatif. Les premiers jeunes Coréens concernés seront administrateurs d'établissements pénitentiaires et recevront la même solde que les autres conscrits.

"Quand j'en aurai fini, j'aurai 32 ans..."

C’est une réforme qui est critiquée car ce service alternatif est bien plus long que pour ceux qui servent sous les drapeaux. Les objecteurs de conscience iront travailler pour trois longues années, contre seulement 18 mois pour ceux qui acceptent le service militaire. Auparavant, ceux qui étaient emprisonnés pour avoir refusé de porter les armes avaient un casier judiciaire qui empêchait leur intégration, ce qui n’est plus le cas. Mais ce n’est pas sûr que ce nouveau service résolve le problème, Seong-guk Kim. "Cela fait sept ans que j’essaie de refuser ce service militaire, quand j’en aurai fini avec cette histoire, j’aurai 32 ans, c’est un peu triste. Maintenant, c’est dur d’imaginer ce que je ferais après, c’est trop lointain. J’espère que dans l’avenir il y aura un autre type de conscription…"

Certains sont partisans de l’abandon de la conscription en faveur d’une armée de métier. Go Myong-hyun, spécialiste de la sécurité de la péninsule coréenne à l’ASEAN Institute de Séoul, n’est pas aussi catégorique. Il considère que les évolutions technologiques peuvent pousser le pays vers un changement de doctrine. "Soit nous aurons une annihilation totale des deux pays avec les armes nucléaires, soit une guerre très limitée conduite par des professionnels. La société coréenne est toujours favorable à un service militaire, donc je pense qu’il va perdurer, mais je dirais que maintenant, la conscription est surtout symbolique."

Un symbole chancelant, car la Corée du sud a l’un des taux de natalité les plus bas au monde. Et les conséquences se feront bientôt sentir, d’ici deux il y aura 100 000 jeunes de moins à pouvoir effectuer le service militaire.

Des conscrits se présentent à la caserne de Nonsan, en Corée du Sud, le 19 octobre 2020.
Des conscrits se présentent à la caserne de Nonsan, en Corée du Sud, le 19 octobre 2020. (JUNG YEON-JE / AFP)