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En Corée du Sud, la restauration d'une installation d'art contemporain tourne au casse-tête technique

L'œuvre de Nam June Paik est composée de plus de 1 000 téléviseurs cathodiques, qui tombent régulièrement en panne. Ces écrans ne sont plus fabriqués. 

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Une installation de Nam June Paik. (Illustration). 
Une installation de Nam June Paik. (Illustration).  (MENAHEM KAHANA / AFP)

Comment restaurer une œuvre d’art iconique faite d’une technologie disparue ? C’est la question que se pose le Musée d’art moderne et contemporain de Corée, qui veut rebrancher l'une des œuvres de Nam June Paik, une célèbre installation faite de plus de mille écrans à tube cathodique empilés. Le problème : ces écrans ne sont plus fabriqués depuis des années.

L'une des installations les plus célèbres de l'artiste 

L'œuvre s’intitule The More The Better, c'est-à-dire "plus il y en a, mieux c’est". Elle a été construite à l’occasion des Jeux Olympiques de Séoul, en 1988. Il s’agit d’une tour circulaire, lumineuse, haute de plus de 18 mètres, et constituée d’exactement 1 003 télévisions à tube cathodique.

C’est l’œuvre la plus célèbre de Nam June Paik, un pionnier coréen de l’art vidéo. Le problème, c’est que des centaines d’écrans tombent en panne chaque année. Se procurer les composants pour les réparer est de plus en plus compliqué, parce que les télévisions cathodiques ne sont plus fabriquées. Il y a aussi un risque de surchauffe et d’incendie. L’année dernière, le musée a été obligé de débrancher cette tour emblématique de l’art contemporain coréen.

Les écrans LCD pourraient trahir l'artiste

Changer les télévisions cathodiques en écran LCD n'est pas si simple. Le résultat visuel est différent et il y a un risque de trahir l’artiste. Le musée a lancé une grande consultation internationale sur le sujet et a annoncé qu’il essaierait de conserver les écrans cathodiques le plus longtemps possible. Kim Eun Jin, la conservatrice du musée en charge de la restauration, estime qu'"enlever les tubes cathodiques pour les remplacer par des écrans plats, par exemple, ne peut être qu’un deuxième choix. Parce que cela changera complètement la façon dont l’œuvre est perçue". 

Les écrans LCD actuels ont un angle de vue plus limité, par rapport aux écrans cathodiques qui peuvent être bien mieux vus de côté. Cela ne peut donc être qu’une mesure de dernier recours

Kim Eun-Jin

à franceinfo

La conservatrice du musée en charge de la restauration assure que son équipe continue "d’envisager d’autres technologies plus récentes, qui pourraient être installées dans les caissons originaux de l’œuvre". Cela pourrait être des écrans OLED ou micro-OLED, "parce que nous savons tous que le changement est inévitable", conclut-elle. 

Les travaux de restauration commenceront l’année prochaine. Et le musée espère pouvoir rebrancher l’œuvre à partir de 2022.

Une installation de Nam June Paik. (Illustration). 
Une installation de Nam June Paik. (Illustration).  (MENAHEM KAHANA / AFP)