En Bosnie-Herzégovine, les jeunes de la "Mostar Rock School" luttent contre les divisions intercommunautaires

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Ne dit-on pas que la musique adoucit les mœurs ? 30 ans après le conflit qui a déchiré les Balkans, une école du sud du pays tente de le prouver alors que les haines intercommunautaires sont toujours vives, entretenues par les dirigeants bosniaques.

Article rédigé par
Louis Seiller , édité par Ariane Schwab - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
La rivière Neretva, près du Vieux Pont de Mostar, dans le sud de la Bosnie-Herzégovine. (ELVIS BARUKCIC / AFP)

La guerre menace à nouveau en Bosnie-Herzégovine. Les accords de Dayton qui ont été signés en décembre 1995 ont mis fin au conflit, mais ils n’ont pas permis de rassembler les différentes populations. Et depuis 26 ans, les partis ethnonationalistes, qui gouvernent la Bosnie, continuent d’alimenter les divisions pour se maintenir au pouvoir. Aujourd’hui, les différentes communautés bosniaque, serbe et croate, ne partagent souvent plus grand-chose dans leur quotidien.

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L’exemple est particulièrement frappant à Mostar, cette ville du sud du pays dont le vieux pont ottoman avait été détruit par les forces croates en 1993. Aujourd’hui, la ville est toujours politiquement coupée en deux par une frontière invisible, celle de l’ancienne ligne de front, avec d’un côté, la partie croate catholique, et de l’autre, la partie bosniaque, musulmane.   

"On aime tous faire de la musique"

Certaines organisations tentent de rassembler les habitants de la ville. Et l’une des rares réussites parmi les nombreux projets internationaux qui ont essayé de lutter contre ces divisions, est une école de rock. Elle s’appelle la "Mostar Rock School", ou plutôt comme on l’appelle ici la "rock chkola".

Dans cette école de musique, l’ambiance est très détendue, et surtout les discriminations n’ont pas leur place : la seule chose qui compte, c’est la musique et un certain esprit rock. "Ici, il n'y a pas de division. On est tous pareils et on est ici pour la même raison : parce qu’on aime la musique et on aime tous faire de la musique. C’est grâce à la musique qu’on apprend à fréquenter des personnes différentes" , explique Sara par exemple, qui a commencé une carrière de chanteuse grâce à cette école de musique.     

Pour mettre à mal les discours communautaristes, l’école a une recette bien particulière. Qu’ils viennent à l’école pour apprendre la batterie, le chant ou la guitare, tous les élèves doivent suivre des cours collectifs appelés "sessions band". Ce sont, en fait, des cours où ils forment des groupes de rock avec l’objectif de jouer deux morceaux sur scène au bout de 40 jours. Après ce concert, les élèves doivent former un nouveau groupe et donc s’adapter à chaque fois à de nouveaux musiciens et d’autres personnalités. À 28 ans, Semi est l’un des responsables de ce programme, très populaire : "En arrivant chez nous, certains élèves se sont demandé : mais pourquoi les gens parlent-ils tout le temps de ces divisions ? En fait, tout va bien maintenant, on travaille bien ensemble."

"Les jeunes n'ont pas autant de préjugés que leurs aînés. Ils savent qu’il y a eu cette guerre, mais qu’elle est finie depuis trente ans. Les nouvelles générations pensent complètement différemment." 

Semi est l’un des responsables de la Mostar Rock School

à franceinfo

En dix d’existence, la Rock school a formé plus de 1 000 musiciens venus de toute la ville, et surtout, elle s’est imposée comme l’un des centres de la vie culturelle pour la jeunesse de Mostar.  

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