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En Birmanie, plusieurs millions de personnes risquent d'être chassées de leurs terres

Une loi amendée récemment oblige des occupants de terres dites vacantes à se signaler à l'administration birmane d'ici le 11 mars. Ces terres sont pourtant occupées parfois depuis des générations.

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Des habitants de l\'Etat Kachin (Birmanie) déplacés pour échapper aux combats le 26 avril 2018.
Des habitants de l'Etat Kachin (Birmanie) déplacés pour échapper aux combats le 26 avril 2018. (ZAU RING HPRA / AFP)

En Birmanie, une loi sur les terres dites vacantes a été amendée il y a quelques mois. Le texte oblige les personnes qui les occupent à demander une autorisation officielle d'ici le 11 mars. Sinon, considérées comme des intruses, elles risquent la prison. C’est le cas dans l’État Kachin, une région du nord du pays où près de la moitié des terres sont répertoriées comme vacantes, en friche ou vierge par l’État birman, propriétaire de toutes les terres du pays, selon la Constitution.

Ces terres sont pourtant occupées depuis des générations par des minorités ethniques, avec leurs traditions, leurs coutumes, sans qu'elles détiennent, pour la plupart, de permis officiel d’utilisation. C'est pourquoi beaucoup d'habitants et d’organisations civiles redoutent que cette loi entraîne des conflits sur les terres. Face à leurs critiques, le texte a été modifié. Ceux qui les occupent en appliquant le droit coutumier n’ont plus besoin de s’enregistrer. Pourtant, aucun détail n'est apporté sur ce droit coutumier. Il n'est pas précisé non plus quels types de terres sont concernés exactement : libre aux autorités locales de décider au cas par cas. Rien n'empêche donc l’expropriation de plusieurs millions de personnes, selon la société civile du pays.

La loi inquiète aussi les déplacés 

Dans l’État Kachin, on compte près de 90 000 personnes déplacées depuis que les combats y ont repris en 2011 entre la rébellion ethnique et l’armée birmane. Depuis, des personnes vivent dans des camps avec l’espoir de rentrer chez elles quand le conflit sera fini. D'après les témoignages recueillis auprès de plusieurs personnes concernées, aucune n’a essayé d’enregistrer officiellement sa terre. Certains déplacés ne savent pas comment faire. De plus, pour s’enregistrer, il faudrait pouvoir retourner dans les villages, ce qui est compliqué en raison de la présence de mines antipersonnel, des checkpoints de l’armée. Il y a aussi ceux aussi qui refusent de s’enregistrer par désaccord avec cette loi, d'autant que la durée du permis accordé sera limitée à 30 ans seulement, pour des terrains occupés depuis des générations.

L’inquiétude est d'autant plus forte pour ces déplacés que depuis quelques années, des entreprises ont déjà récupéré certaines de leurs terres, souvent illégalement, et sans la moindre réaction du gouvernement local kachin. On voit apparaître de plus en plus de plantations de bananes sur des milliers d’hectares. Ces immenses surfaces sont mises en place par des investisseurs chinois, via des sociétés locales. La loi risque donc de faciliter la confiscation des terres par le gouvernement birman, qui pourrait ensuite les louer à des acteurs privés.

Des habitants de l\'Etat Kachin (Birmanie) déplacés pour échapper aux combats le 26 avril 2018.
Des habitants de l'Etat Kachin (Birmanie) déplacés pour échapper aux combats le 26 avril 2018. (ZAU RING HPRA / AFP)