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En Afrique du Sud, l’Église pointée du doigt pour le viol de jeunes enfants noirs pendant l'apartheid

Les allégations à l’encontre de l’Eglise sont d’autant plus sensibles qu’elles concernent le viol de jeunes enfants noirs par des prêtres blancs lors de l’apartheid. Vingt-sept ans après les faits, William Segodisho, une des victimes, a obtenu des excuses officielles du prêtre qui l'avait abusé.

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Cela faisait 27 ans que William Segodisho attendait de pouvoir raconter sa vérité et de pouvoir raconter comment il a été manipulé par un prêtre blanc dans les années 1980.
Cela faisait 27 ans que William Segodisho attendait de pouvoir raconter sa vérité et de pouvoir raconter comment il a été manipulé par un prêtre blanc dans les années 1980. (CLAUDIO REYES / AFP)

En Afrique du Sud, des révélations récentes font état d’abus au sein de l’Église catholique au temps de l’apartheid. Les allégations sont d’autant plus sensibles qu’elles concernent le viol de jeunes enfants noirs par des prêtres blancs alors que le régime raciste était encore en place. C’est la première fois dans le pays que l’Église est pointée du doigt.

Abusé et violé pendant cinq ans

Cela faisait 27 ans que William Segodisho attendait de pouvoir raconter sa vérité et de pouvoir raconter comment il a été manipulé par un prêtre blanc dans les années 1980, pour finalement se faire régulièrement abuser et violer pendant cinq ans.   William raconte. Il arrive à Johannesburg en 1984 à 14 ans, sans famille, ni maison. Il fuit la police de l’apartheid qui le recherchait alors pour des opérations de sabotage. Il devient un enfant de la rue jusqu’à ce qu’un prêtre britannique le remarque et lui propose de l’aider financièrement et lui trouve une école.

L’abbé utilisera plus tard la faiblesse de l’enfant pour lui demander des faveurs ; des attouchements d’abord, puis ensuite de véritables actes sexuels tous les week-end pendant cinq ans. "Je sentais que je n’avais plus de prises sur les choses, témoigne-t-il. Je me suis résigné à accepter mon sort. En échange, il me donnait de l’argent pour ma famille, et il m’a appris à conduire. J’ai fini par accepter d’être utilisé comme ça. Parfois on dit qu’on fait un pacte avec le diable… Là c’est au sens propre du terme." Le prêtre a ensuite continué sa carrière en Angleterre dans les années 1990 et a passé des décennies sans rien dire. Il a reconnu les faits il y a deux semaines.

La vérité n’éclate que 27 ans après les faits pour deux raisons. La première est que William Segodisho a bien tenté de briser l’omerta dans les années 1990, mais s’est confronté seul au silence du régime raciste de l’apartheid. Ni les prêtres, ni la justice de l’époque n’a pris au sérieux ses accusations. L’autre raison est légale. La loi sud-africaine a changé récemment et le délai de prescription pour les viols était de 20 ans auparavant. Il n’existe plus aujourd’hui, ce qui a permis à William Segodisho de porter plainte.

Trois petits mots : "Je suis désolé"

Très peu d’autres victimes ont suivi le mouvement. Willian Segodisho s’est fait le porte-voix, le chef de file. Il espère que beaucoup de victimes vont, comme lui, sortir de leur silence. Son témoignage à fait du bruit dans une Afrique du Sud où les tensions raciales sont omniprésentes et les plaies de l’apartheid ne sont pas refermées. Une association de soutien aux enfants victimes d’abus a demandé au parquet sud-africain de poursuivre l’Église pour qu’elle rende publiques ses archives et ainsi de pouvoir enquêter sur d’autres cas. Pour ce qui est de William Segodisho, l’enquête est encore en cours. Mais après les excuses officielles du prêtre, l’essentiel est là selon lui qui "a attendu pendant 27 ans ces trois petits mots" : "Je suis désolé."

Cela faisait 27 ans que William Segodisho attendait de pouvoir raconter sa vérité et de pouvoir raconter comment il a été manipulé par un prêtre blanc dans les années 1980.
Cela faisait 27 ans que William Segodisho attendait de pouvoir raconter sa vérité et de pouvoir raconter comment il a été manipulé par un prêtre blanc dans les années 1980. (CLAUDIO REYES / AFP)